Dévaste-moi

On attendait impatiemment la suite des aventures de Johanny Bert, metteur en scène prodige du « Petit bain » vu et adoré la saison passée. On en attendait beaucoup, et on n’a pas été déçus. « Dévaste-moi » est un projet fou né de l’imagination de Johanny Bert et d’Emmanuelle Laborit, auxquels se sont joints Yan Raballand et The Delano Orchestra. Ce spectacle musical en chansigne est au carrefour entre le pur plaisir sensoriel de la musique et la recherche sur le corps. Avec une vraie progression dramatique dans le choix des chansons, Emmanuelle Laborit, immense, nous raconte l’histoire d’une femme, ses amours, ses chagrins, ses inquiétudes aussi. Le répertoire choisi, allant de « Carmen » à Amy Winehouse, a l’intelligence de mélanger des airs qui parlent à tous comme des morceaux moins connus. Le public peut ainsi se flatter de reconnaitre l’air, ce qui rassure s’il n’est pas, comme nous, locuteur de LSF. Et puis, petit à petit, la magie opère. Une chanson qu’on ne reconnait pas, les paroles ne s’affichent pas sur l’écran, qu’importe ? Voilà l’occasion de se laisser porter par les mouvements d’Emmanuelle Laborit. La partie entendante du public découvre alors tout ce qu’elle peut ressentir face à une langue qu’elle ne comprend pas. C’est la grande force de « Dévaste-moi » : ne jamais perdre son public en route et rappeler que bien des choses circulent sans utiliser la voix. Emmanuelle Laborit et The Delano Orchestra sont des conteurs. Voilà une qualité bien rare et qu’on aimerait voir plus souvent.

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