Nique sa mère la réinsertion

De retour dans le OFF, la Compagnie Rascar Capac frappe fort, s’appuyant sur son esthétique délibérément absurde, s’employant à mener conjointement une mise à mort et une renaissance du théâtre, décapante et jouissive. Les quatre compères, entraînés par la verve tout en désinvolture du metteur en scène et comédien Elie Salleron, dressent dans « Nique sa mère la réinsertion » un portrait au vitriol des affres de nos contemporains. Qu’ils commémorent dans les larmes la mort de Tupac, qu’ils soient incapables d’utiliser Photoshop sur un MacBook Pro ou qu’ils mendient pour se rendre à un festival de musique électronique, les Rascar Capac visent juste, à la frontière du grand n’importe quoi. Si le propos semble de prime abord joyeusement décousu, la forme fragmentaire vient dessiner les turpitudes d’une génération au bord de la crise de nerfs, tiraillée entre ses grands idéaux et la violence du néolibéralisme. On retiendra plus particulièrement cette délirante parodie de one-man-show où Elie Salleron campe avec un aplomb sans faille un comique dieudonnesque, enchaînant les vannes racistes, sexistes et complotistes, medley glaçant (et hilarant) des tréfonds de YouTube et de la fachosphère. Ou cette mise en scène du sexisme ordinaire où la Lisa Spurio, la seule femme de la troupe, est invitée à prendre la direction du spectacle pour obtenir une subvention sous les quolibets de ses camarades. Une heure et demie de cynisme intelligent et de joute oratoire provocante qui confirme que les Rascar Capac sont, décidément, une compagnie à suivre.

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