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Par Jean Lapuyade, participante à l’Atelier de Regard Critique du Festival Parallèle

Gros pavé de texte jeté dans la mar(seillais)e des Bernardines. Tout le monde est éclaboussé, heureusement ça sèche vite. Paraît qu’on serait tous dans une douce erreur. De celles dont on sort difficilement et uniquement pour y replonger la semaine d’après. Une impasse joliment carrelée, au fond de laquelle on découvre la longue lettre de notre hôte, engagée mais torturée, accompagnée de cinq faire-valoir, faire-présence qui se contentent de peu de place. La lecture bénéficie d’un silence d’église, délicatement troublé par les pas des actrices sur le carrelage urbain, tandis que le brûlot qui défile sous nos yeux vire peu à peu au narcissisme destructeur sur un beat de plus en plus infernal. On croirait une messe numérique qui tourne mal. Guet-apens pour le spectateur ? Jusqu’à se rendre compte que cette verve même est sans force, dans la mesure où la parole pamphlétaire qui nous frappe fait partie de l’erreur qui nous berce. Que la même volonté de puissance alimente à la fois ce ronflement psychotique et les obscurs décideurs contre lesquels il s’insurge. Que chaque compile d’indignations contre toutes les grimaces de l’injustice ne fait que s’inscrire dans la programmation sociale de nos petits bourgeois bohèmes. Tous pourris, tous satisfaits ? Et alors pourquoi ne pas rentrer chez soi, comme il nous l’est ordonné, puisqu’on a fait notre part de grogne et de repentir ? Pourquoi aime-t-on tant les crachats et l’autoflagellation ? Peut-être qu’on est un peu les masos de la culture…

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