Sur la scène en plein air du Festival Paris l’été, qui a pris ses quartiers dans les beaux bâtiments historiques du lycée Jacques Decour, les jeunes danseurs de la Batsheva brûlent les planches et nous offrent un condensé d’énergie. Reprenant une chorégraphie emblématique de la Batsheva, la « Decadance », l’ensemble junior de la compagnie dirigée par Ohad Naharin nous fait traverser plusieurs univers, s’inspirant à la fois de la musique pop et de chants liturgiques hébraïques. En résulte un ballet éclectique sonnant avant tout comme une ode à la liberté des corps, revendiquant une échappée des traditions au profit de l’exploration essentielle de ce qu’est être au monde. Les vêtements colorés alternent ainsi avec des costumes sombres aux références religieuses, faisant basculer les univers de manière légère, comme si rien ne portait à conséquence. Dans cette « Decadance », les masques sont levés mais ne cèdent en rien au mystère, comme dans la très belle séquence « Echad Mi Yodea » (devenue emblématique de la Batsheva) où le chant hébreu, dont le rythme lancinant évoque une forme de mystique, finit par une mise à nu libératoire. Alors les chapeaux volent et ne reste que les corps en mouvement jouissant d’un affranchissement qui confère à la transe. Le Young Ensemble de la Batsheva nous fait alors renouer avec ce qu’il peut y avoir d’absolument exutoire dans la danse, comme retour au geste premier et au pur plaisir, et l’expérience en est  galvanisante.

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