« Je publierai dans deux ans le dictionnaire amoureux de Molière chez Plon, comme Pierre Menes fera celui du football. » annonçait Francis Huster, invité de Laurent Ruquier en septembre 2017. Le temps a passé et l’attente du bréviaire perdure, publication sûrement entravée par la pression des universitaires, inquiets face à tant de révélations mystiques et révolutionnaires sur le dramaturge « assassiné » (Francis n’a pas peur des mots). Un précieux lot de consolation nous est offert en attendant : une lettre ouverte au Président de la République qui prône la panthéonisation de Molière, suivie d’un long essai tumultueux sûrement rédigé au fil d’une plume bien trempée, dans lequel la langue de Francis supplante celle de son maître, et nous prouve à quel dieu du théâtre nous devons désormais nous vouer. De l’insolence moliéresque à la fougue husterienne, ce n’est finalement qu’une affaire de « traversée du miroir des âmes » comme dirait Francis, et Dieu sait comme elles se regardent passionnément ces belles âmes perruquées, hantées par l’amour inconditionnel du théâtre, par-delà les siècles. Que d’audace et de progressisme dans cet essai où Francis évoque ce « scaphandre d’amour protecteur et sensible qu’est la féminité. » Car toutes les femmes pardonneront à Francis son essentialisme, surtout quand il leur murmure à l’oreille de doux néologismes gourmands (évoquant les pièces de Pirandello comme des œuvres « pizzatées ».) On voyage sans transition de Molière à Chaplin, de Chaplin à Oscar Wilde. On y parle des « ravissantes comédiennes » d’hier et d’aujourd’hui, que l’on séduit pour Francis dans une pure perspective allégorique : celle de « séduire la France. » « Nous sommes Rodrigue, nous sommes Phèdre ou Bérénice » écrit-il avec humilité, et nous nous empressons de rajouter dans la marge en lettres capitales : « NOUS SOMMES FRANCIS. »

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