© Pascal Gély

Si la situation de l’art serait pour Botho Strauss celle du « samedi », « lorsque l’attente se partage en souvenir et en espérance », il représente plutôt selon Peter Brook la maigre consolation du septième jour, lorsque les lois divines sont en repos et qu’il incombe au théâtre de les comprendre. La petite forme « Why », présentée par trois magnifiques acteurs au Théâtre des Bouffes du Nord (et promise à une grande tournée internationale), met un joli point d’orgue à une série de spectacles dédiés cette année au crépuscule de la scène, du « Sopro » de Tiago Rodrigues à « Après la répétition » du Tg Stan, qui n’ont cessé de rabattre le théâtre dans ses ruines pour mieux en repenser l’action. C’est à la quête fragile de l’acteur qu’est dédiée la première demi-heure, évoquant magnifiquement ce chemin périlleux « vers la simplicité » qui induit un nouveau paradoxe du comédien alliant la technique à l’imaginaire. On regrette que la seconde partie, consacrée à la brûlante carrière de Meyerhold, soit trop expositive et ne mette pas tellement à profit cet échauffement corporel et spirituel pour en incarner la politique, transformant ce qui pourrait être l’ultime spectacle de Brook en pur manifeste poétique et politique, heureusement plus engageant que testamentaire, dont la puissance résonnera davantage pour les connaisseurs du chemin parcouru. Toutefois, à l’heure où les éléments de langage révolutionnaires gagnent toutes les belles intentions artistiques et les tours d’ivoire très bien protégées, raviver en toute simplicité ce temps où le théâtre était effectivement de la « dynamite » permet d’en relativiser humblement les perspectives, ce qui est toujours opportun avant d’affronter l’odyssée avignonnaise.

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