L’énergie sociale du fantôme

Le Temps des fantômes
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Clélia et Eric Zernik évoquaient en octobre dernier « l’attrait des fantômes » dans le domaine cinématographique, partant d’une problématique que Caroline Callard mentionne elle-aussi dans l’ouvrage passionnant qu’elle publie aux éditions Fayard : le paradoxe d’une résistance spectrale à la rationalité cartésienne. La chercheuse  remonte pour sa part aux origines du « moment spectral sur lequel s’ouvre notre “modernité“ », et envisage d’abord les motivations religieuses d’une telle désertion fantomatique. En confrontant la matière savante et juridique aux croyances populaires (celles que collecte par exemple Michel de Montaigne dans les « Essais »),  en mêlant des réflexions théoriques fluides et synthétiques à des anecdotes piquantes et éloquentes, Caroline Callard brosse alors un tableau historique, anthropologique, sociologique et philosophique pour sonder cette survivance dynamique du fantôme. Ouvrant la réflexion à des problématiques actuelles, en abordant par exemple le fantôme « comme un acteur plutôt efficace de la construction du genre aux cotés de la domination masculine », elle fait de cette « patate chaude théologique » un outil majeur pour penser le monde d’aujourd’hui, ce « climat panique » dans lequel la spectralité redevient une nécessité.

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