Le Temps et la Chambre

Le Temps et la Chambre
Par

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

Quand les lumières s’allument sur le décor campé dans la salle Koltès du Théâtre national de Strasbourg, on est d’abord frappé par sa grandeur et son poids. Épuré, certes. Fin et détaillé, sans aucun doute. Néanmoins massif, et finalement assez intimidant : un peu à l’image du texte de Botho Strauss et – malheureusement, peut-être – du spectacle qu’en a tiré Alain Françon.

« Le Temps et la Chambre » est une œuvre indéniablement complexe, qui se joue du discours et de la narration, du temps et de l’espace, et qui plonge son lecteur dans des abîmes de questionnement : où, quand et par qui sont dits les mots ? Qui sont ceux qui les disent, et comment résonnent-ils dans les murs de la chambre ? Questions qui restent toujours sans réponse, et c’est de cette perte que découle l’intérêt de ce texte, véritable déconstruction des notions de temps et d’espace, qui sont dissociées pour être mieux interrogées. La langue de Botho Strauss (ici traduite par Michel Vinaver), si profonde et fulgurante de poésie, le metteur en scène – dont la qualité de directeur d’acteur n’est plus à prouver – sait nous la faire entendre avec précision. Parfois même avec virtuosité, comme quand, par exemple, Georgia Scalliet campe une Marie Steuber qui se prend pour Médée.

Et pourtant, malgré la justesse du traitement et le bel engagement d’un groupe d’acteurs solides, il arrive trop souvent que le spectacle nous échappe. Peut-être est-ce justement dû à cette précision chirurgicale de la mise en scène et à son académisme, qui finissent par dégager une froideur lénifiante plutôt qu’une intrigante étrangeté qui aurait été la bienvenue pour que, de son siège, le spectateur puisse pleinement s’approprier ce texte. Comme engoncé dans sa maîtrise et sa beauté formelle, « Le Temps et la Chambre » semble trop souvent nous tenir à distance. Et en rentrant chez soi après le spectacle, plutôt que de réfléchir gaiement à qui peut bien être cette Marie Steuber, on se sent surtout frustré de ne pas l’avoir compris.

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