Centaures, quand nous étions enfants

1 + 1 = 1

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Bien sûr, faire monter sur un plateau de théâtre des chevaux, ça en jette et il est souvent difficile de faire exister autre chose auprès d’eux tant ils savent happer l’attention. Mais Fabrice Melquiot réussit le pari de montrer sur scène la réalité d’une fusion utopique en ne parlant que d’incomplétude. Choisir de raconter l’histoire de Camille et Manolo et de la genèse de leur Théâtre du Centaure, c’est s’aventurer dans les dédales mentaux de l’enfance, là où tous les rêves ne sont encore que des possibles en devenir. Eux partagent un désir commun, celui d’être artistes et d’habiter dans un château avec des chevaux. Comme preuve irréfutable de la concrétisation, ce sont deux majestueux animaux noirs qui conquièrent l’espace vide, parfaitement en connivence avec leur moitié humaine ; « Je suis d’accord pour t’appartenir ». Chimère mythologique, l’être hybride peuple les légendes, convoque des alliances impensables (un roi ivre et un nuage semble-t-il) et nourrit l’équation ici joliment résolue : 1 + 1 = 1. Les voix des différents âges résonnent et les images projetées, loin d’être simplement illustratives, défrichent des horizons anciens, réels ou fantasmés. L’hétérotopie revendiquée – cet espace concret qui héberge l’imaginaire comme une cabane d’enfant sait si bien le faire – prend corps et vie devant nos yeux. Car c’est bien un univers rêvé, singulier et poétique que les éléments scénographiques et dramaturgiques bâtissent, une mise au réel par le biais de la représentation, un formidable élan à croire en ses convictions intimes, fussent-elles impossibles. Oui, les centaures existent pour de vrai, et ils évoluent avec grâce et vigueur devant les bouches ouvertes d’admiration des petits et des grands.

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