L'Absolu

Moment de grâce et d’Absolu

Par

© Jérôme Vila

Il est des moments de grâce. Où dominent l’émerveillement, la gratitude et un sentiment d’appartenance à une humanité poétique et exaltante. « L’Absolu » est un de ces moments-là, à ne rater sous aucun prétexte.

Tout commence par une procession silencieuse du public dans l’escalier à double hélice du silo, chenilles humaines qui espèrent l’éclosion. Ce silo, conçu pour abriter le rêve de l’artiste, a été bâti collectivement : élèves de lycée pro, artisans, sociétés de tôle, architectes, ce projet est porté par des joueurs poètes, largement soutenus et accompagnés par les Deux Scènes, producteur rare au service d’une ambition de tissage de liens et d’exploration de l’indicible.

En haut, proximité d’une piscine accrochée au sommet dans laquelle s’ébat le lémurien originel. Il y a une genèse en cours. Quand tout à coup, le plastique se déchire et l’homme chute. Dans un sol mouvant, sablonneux. Disparu, des rides à la surface trahissent encore cependant la reptation souterraine. Ver de terre, irrésistible souvenir de « Dune » où le lombric gigantesque produisait l’élixir d’immortalité. Le cafard lui succède, pattes rampantes, Kafka bien sûr, mais aussi cette idée d’une immortalité résistante à toute avanie. L’humain va surgir enfin d’une confrontation inattendue avec un miroir égaré dans la fange. Son propre regard le fait naître. Il danse la vie dans cet espace libre. Avant de réescalader le silo vers les étoiles, enveloppé d’un immense vortex de fumée, il aura été immolé et aura échappé à la chute du destin sous forme d’une enclume lourde, si lourde.

De battre le cœur s’est arrêté face à un tel destin sans sens, mais si prégnant d’une humanité touchante. Tarkovski. À battre le cœur s’est remis, réanimé par tant de grâce sans concession, prise de risques permanente tant artistique que physique, proximité voulue entre spectateur et artiste. Cadeau rarissime que ce sentiment de compréhension du plus profond de mon être. En finale, « Erbarme dich », acmé de la Passion, enveloppe et entoure l’âme meurtrie par le rappel doux, si doux, trop doux de sa condition humaine. Cirque métaphysique et esthétique sublime, pensée singulière de l’humain, noir et silences, exception et poésie : l’Absolu est une rencontre. Unique.

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