Calamity / Billy

Far west en demi-teinte

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La nouvelle création de Jean Larcornerie est autant réussie que ratée et c’est en soi un fait remarquable. Car si le texte et la mise en scène se révèlent pauvres et sans relief, la composition musicale et l’univers visuel sont eux tout à fait fascinants.

En résulte un spectacle assez difficile d’accès où l’attention ne cesse de se diffracter aux quatre coins du plateau, l’intellect perdu mais les sens nourris. La première question qui taraude est bien celle de l’intérêt de porter à la scène ces deux morceaux de textes, qui, même si on y décèle des moments de poésie, ont bien du mal à parvenir jusqu’à la salle. Une première partie sur les lettres apocryphes de Calamity Jane à sa fille puis un second volet composé de bribes de vie de Billy the Kid peinent l’un comme l’autre à rendre sensibles nos cœurs à leur sort. On garde une ambiance, un far west fantasmé où la violence sculpte les paysages et les âmes qui les arpentent. Et c’est justement la projection imposante de la main qui en quelques traits vifs donne vie et chair à cet univers (l’indispensable Stephan Zimmerli aux commandes) qui attire irrésistiblement les regards plus vraiment disponibles pour suivre les allées et venues un peu flottantes des deux protagonistes (Claron McFadden et Bertrand Belin, dont les prestations vocales sont impeccables). On se souvient avec émotion de cette boucle musicale composée par Gavin Bryars avec la voix de ce sans-abri chantant indéfiniment « Jesus’ Blood Never Failed Me Yet » ; et on se dit alors qu’entendre la musique de ce compositeur mythique exécutée par l’ensemble des Percussions Claviers de Lyon suffit pour se décider à gravir la pente de la Croix-Rousse.

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