At the Still Point of the Turning World

L’art nécessaire de la retenue

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Du noir et du silence. Et puis la rencontre avec ce personnage qui tente de se défaire de la force chtonienne qui happe désespérément vers la terre. Lui, semble-t-il, parvient à s’élever. Grâce à la poésie dont il est fait et grâce au corps du marionnettiste au service de son objet, c’est la symbiose délicate peau/matière qui advient sur le plateau. Icare se livre volontairement aux mains de son créateur, leur rêve partagé de suspension comme glaise primordiale. La retenue comme langue maternelle. Tout est toujours une histoire de centre et de périphérie ; que choisissons-nous de regarder ? Car si les metteurs en scène tentent par leur choix formel d’influencer notre regard, le spectateur peut revendiquer la liberté de poser ses yeux où la poésie du moment l’emporte. L’intelligence des propositions de Renaud Herbin se place dans cette infinie délicatesse, cette attention au temps suspendu, cette liberté qu’il nous laisse à arpenter ses espaces comme on choisit les chemins de traverse. Bien sûr le dispositif central, mer ondulante composée de centaines de petits sacs plastique, fascine et hypnotise, jouant sans cesse avec les caresses de la lumière et la rectitude géométrique des fils qui actionnent chacun d’entre eux. On se laisse volontiers bercer par ces flux et reflux, emporter par la voix et les compositions live de Sir Alice et la tentative de Julie Nioche d’appréhender chorégraphiquement cette matière organique, mais c’est cependant les bras de ces deux hommes qui, tels des sonneurs de cloche, embrassent la forêt de fils et offrent une partition magnifique en marge de l’événement. On pensera peut-être à une autre structure de fil, diablement esthétique, que Kaori Ito s’était appropriée sous l’œil d’Aurélien Bory, on pensera aussi au curieux anthropomorphisme des sacs plastique de Phia Ménard, qui, se tenant par les anses, dansaient au gré des ventilateurs, mais l’on retiendra surtout la singularité du travail de Renaud Herbin, qui sait créer des formes non spectaculaires qui n’existent que par le ressenti qu’elles laissent survenir dans les interstices.

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