La Maladie de la mort

Silence, ça tourne

Par

© Stephen Cummiskey

Le théâtre de la Ville étant cette saison encore sans salle fixe pour cause de travaux, c’est cette fois-ci le théâtre des Bouffes du Nord qui lui ouvre ses portes. Sur scène, la rencontre entre Katie Mitchell, nouvelle (bien qu’en activité depuis les années 1980) star internationale de la mise en scène, et un texte court de Marguerite Duras, « La Maladie de la mort ».

Le spectacle repose sur un concept auquel les spectateurs commencent à être habitués grâce aux mises en scène d’Ivo van Hove, poussé à l’extrême. Ici, les images filmées en direct ne sont pas complémentaires à ce que l’on voit sur scène mais le remplacent. En effet, si l’écran installé au-dessus du décor est aussi large que celui-ci et visible par toute la salle, il n’en est pas de même de la scène en elle-même, reléguée en fond d’espace scénique et régulièrement masquée par les cadreurs en mouvement perpétuel.

Dès lors, « La Maladie de la mort » version Katie Mitchell exige du spectateur un gros effort d’adaptation auquel il n’est pas préparé. Le regard se perd entre l’image projetée et les tentatives de voir ce qui se déroule sur scène. Afin d’y voir quelque chose, mieux vaut donc accepter de ne pas assister à une pièce de théâtre au sens traditionnel du terme mais à une véritable expérience scénique. Le texte de Duras se prête difficilement à un exercice classique de par sa sécheresse, mais la mise en scène ascétique bien qu’élégante renforce l’idée de sécheresse. L’homme et la femme étant vidés de tout désir, de toute vie, presque, ayant des rapports sexuels mécaniques, le spectacle se fait l’écho de cette douleur infinie en distançant le spectateur au propre comme au figuré.

Si l’on émet des réserves sur cette « Maladie de la mort », elle n’en reste pas moins passionnante en tant que spectacle en train de se faire. De la même façon que la rencontre entre l’homme et la femme du texte n’advient pas, la rencontre entre le spectateur et le spectacle tel qu’on l’attendait ne se fait pas. Il reste un documentaire en direct fascinant sur la mécanique des choses, sur la façon dont elles se font. La superposition scène/écran permet de tenter de réaliser des champs/contrechamps en parallèle en symbolisant un split screen improvisé, les mouvements des acteurs et des cadreurs qui se mettent en place, les infimes changements dans le décor qui se font à vue, collaborent à mettre en place un deuxième spectacle bien plus intéressant que le premier.

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