Les Bijoux de pacotille

Une enfance en m(orce)aux

Par

© Pierre Grosbois

Il y a quelque chose d’une petite fille qui n’aurait pas fini de pousser chez Céline Milliat Baumgartner. « Les Bijoux de pacotille », c’est avant tout un livre, publié en 2015, une petite voix qui s’élève pour raconter son histoire, cette histoire si lourde à porter que ça ferait du bien, peut-être, de la poser un peu. On ne peut pas demander aux autres de prendre un bout de ce fardeau, mais on peut le poser à leurs pieds et leur montrer, tiens, regarde, mon histoire à moi c’est ça, et toi c’est quoi ?

« Les Bijoux de pacotille », c’est avant tout une histoire de voix. Cette petite voix si évidente à la lecture, et qui fait que Pauline Bureau a proposé à l’autrice/comédienne de faire de son livre un spectacle, avant d’apprendre que Céline Milliat Baumgartner y avait déjà pensé, avait commencé à y travailler. Voilà donc deux poésies enfantines qui se rencontrent. Pauline Bureau, qui parlait déjà superbement d’enfance dans « Dormir cent ans », illustre fort joliment le récit de Céline Milliat Baumgartner avec ce qui peut sembler trois bouts de ficelle : un carton plein de souvenirs, des films super 8, ces objets si simples et pourtant si évocateurs pour tous. Dans ce carton, cela pourrait être ce qui reste des parents, ce qui reste de l’enfance, les quelques objets conservés et qui prennent si peu de place par rapport aux souvenirs immatériels, à un bruit, à une odeur, à toutes ces images susceptibles de ressurgir n’importe quand, au moindre déclencheur.

Sur ce sujet pourtant particulièrement sensible (la perte brutale de ses parents dans un accident de voiture, à l’âge de six ans), Céline Milliat Baumgartner réussit à ne jamais faire appel au pathos. « Les Bijoux de pacotille » est une broderie délicate autour d’un thème tragique, ayant pour point de départ une chose évanescente et minuscule : le cliquetis des bracelets en toc que portait la mère de l’autrice, devenue fantôme de son enfance. L’artiste confesse ouvrir la porte de son enfance tout en frappant à celle de l’enfance des spectateurs. C’est tous ensemble, alors, que nous tirons les fils des souvenirs, afin de comprendre comment les enfants que nous avons été influencent les adultes que nous sommes devenus. On ne guérit jamais vraiment de son enfance, semblent nous dire Céline Milliat Baumgartner et Pauline Bureau. Qu’à cela ne tienne, faisons avec. Les fantômes seront toujours là pour tenir la main de notre petit enfant intérieur.

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