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La tâche était rude, Notre-Dame venait de flamber aux yeux du monde, trauma universellement partagé en direct, choc, pleurs, touché au plus profond sans que l’on sache bien pourquoi. Semaine sainte, célébration de la mort d’un homme et fête de sa résurrection. Vraiment ?

Alors aller à Issy, la Seine musicale, mais c’est où ? Si éloigné des terres usuelles d’une culture parisienne cité-centrée, écouter la passion selon Saint Jean, erreur de timing, erreur de lieu ? Presque dystopique. D’une ruine nouvelle millénaire à une ruine rasée et ré-érigée contemporaine. Vraiment ? Miracle, le mot est juste. Dès les premiers instants, la justesse, la retenue et la précision de Laurence Equilbey et de ses musiciens font œuvre de paix, de recueillement. Le récitant, hors normes, nous prend par la main pour nous conter cette mort, nous emmène avec douceur dans cet univers riche et noir, sert plus que possible l’intensité de l’œuvre de Bach. Laurence Equilbey, sobre, tendue vers ses musiciens, communiant avec eux de ce chef-d’œuvre, est exceptionnelle. Un talent immense pour faire donner à chacun ce qu’il y a de juste, d’humain, apaiser le deuil si vif encore en transmuant les paroles de ce Christ en croix en un chant d’une douceur extrême, au plus profond des cœurs d’une salle qui manifestera à la fin à quel point elle aura compris cet instant de grâce. Que dire sinon merci à eux pour la tendresse et l’intensité, l’intériorité d’une œuvre mise en scène magistralement. À inscrire dans les souvenirs des moments les plus beaux.

PS : l’usage des écrans en salle est insupportable, surtout dans des moments d’une telle intimité, usage propre à générer chez le spectateur éduqué aux bases simples du respect une exaspération sans borne. Alors, vous aussi, si un écran apparaît et empêche votre paix en des moments aussi puissants, je vous engage à prendre l’appareil coupable et l’écraser sous vos talons. Plus de pitié pour les égocentrés addicts. Qu’ils restent chez eux.

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