Les leçons shakespeariennes d’un trio de choc

Lessons in Love and Violence
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Commande du Royal Opera Covent Garden de Londres en 2017, la musique de George Benjamin n’est pas de celles qui laissent à l’écart les oreilles peu averties aux tonalités contemporaines, mais elle ne verse pas pour autant dans la complaisance. C’est une œuvre tout en tension, ajustée au plus près avec le livret de l’auteur dramatique Martin Crimp, que Katie Mitchell magnifie dans une mise en scène élégante et cruelle.

Par essence shakespeariennes, ces leçons refusent l’actuel et le didactisme. Concentré sur un quatuor de personnages de pouvoir, le drame est une démonstration par l’exemple des nœuds douloureux imbriqués entre le poids des décisions politiques et les irrésistibles désirs de l’art et des emportements amoureux. Un roi sans nom (même si la figure d’Édouard II flotte en arrière-plan), sa femme Isabelle, le chef des armées et l’amant du roi. Devant eux, témoins continus des frasques et des manigances de chacun, les deux enfants apprennent et comprennent, héritiers malgré eux d’un peuple en colère et d’une dynastie entachée par les meurtres. L’écriture des sept scènes dont se compose le livret est un condensé économe, brillant et limpide des jeux de l’amour et du pouvoir, et l’intelligence froide de la mise en scène de Katie Mitchell fait saillir la violence et les tourments intimes comme les ersatz de Francis Bacon cloués au mur. La fausse unité de lieu suggère que les sphères mêlées, privée, publique et même théâtrale, prennent chair dans une même pièce, qui, à chaque fois que le rideau se relève, à chaque nouvel épisode, se présente sous un angle neuf. Circonvolution dans du velours où tout semble déjà en cage ; la couronne archétype du pouvoir, le collier de perles symbole de la richesse, les poissons dans l’aquarium, l’amour interdit et la passion des arts. La tension sourde domine le geste, qu’il soit musical, verbal ou théâtral. Atemporel, parfois au ralenti comme pour mieux décomposer le mouvement et mieux saisir l’atrocité à l’œuvre, ce spectacle finement ciselé octroie au public en haleine le rôle de l’observateur impuissant, condamné à voir se répéter sous ses yeux les ressorts classiques de la tragédie. Une façon efficace de retenir la leçon.

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