Partout où n’est pas le sourire

Maldoror
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Après les contes cruels de « L’Heptameron », Benjamin Lazar renoue avec la littérature moderniste, contrepoint occasionnel à ses obsessions baroques. Dans ce premier solo véritable, où les instruments en scène sont cette fois déshumanisés, Lazar campe un Maldoror dandy en paillettes bleu nuit, et dissout la rondeur farfelue de son contage cyranesque (celui de l’« Autre monde » inoubliable qu’il joue en alternance à l’Athénée) dans le « souffle empoisonné » de ce peintre diabolique de la vie moderne, ce « mendiant de la vallée » dont les chants résonnent « comme des cloches de plongeur. » L’artiste constitue comme à son habitude un espace fortuit, qui relève à la fois de l’installation postmoderne et du cabinet d’esthète décadent, accueillant sur sa voile les magnifiques images fondantes et putréfiées de Joseph Paris qui n’écrasent jamais la suggestivité diabolique des paroles, et dressant sur un coin de table un petit théâtre d’objets imperceptibles et d’aquariums écarlates qui nourrissent l’imaginaire.  Il s’impose à nouveau comme un conteur éblouissant. Toute l’imagerie impossible de Lautréamont nous parvient avec une évidence coupable, même si l’on regrette parfois que la subtile note antipathique de Lazar se change en emphase artificielle, dans ces passages épiques où les visions se replient paradoxalement sur elles-mêmes. Rares sont les adaptations théâtrales qui consacrent l’idéal éthique et esthétique de leur auteur avec autant d’évidence, surtout quand le pari dramatique est des plus redoutables : faire du spectateur une âme féroce, du plateau un foyer intranquille, et du théâtre une immonde catharsis. 

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