Sociologie de l’objet

La Collection
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Un trio élégant s’aligne en un rang faussement sage pour ouvrir avec nous la boîte aux souvenirs, l’album photo d’une époque, la quintessence des années 1970-1980 au travers de l’évocation, de la memorabilia d’une collection d’objets. L’expérience se déroule par touches, bruitages, témoignages. Ils ont besoin de très peu, mais leur talent est grand pour nous faire voyager aux tréfonds des commémorations intimes, matière brute de ce qui nous a construits.

La pétarade d’un vélomoteur, l’évocation de chaussettes Burlington, la litanie de longues listes de copains qu’on n’a jamais oubliés, le bruit irremplaçable du cadran rotatif et sa forte poésie sonore nous entraînent au sein d’archéologies personnelles partagées portées dans une jouissance nostalgique bienheureuse. L’image convoquée est si puissante qu’on pourrait presque parler de la mise en espace d’une « sociologie de l’objet ». Autour d’elle se construisent les chapitres de cette collection. En plusieurs épisodes – qui échangent entre eux de discrets clins d’œil –, on est en Colombie, dans un trou de province, apeuré lors de notre première soirée de baby-sitting ou encore dans un film des années 1930. L’écriture est fluide, les détails percutants, les expressions faciales et corporelles travaillées. Comme sur des patins à glace, on glisse à l’intérieur de ce travail avec l’enthousiasme, la joie simple des premiers rendez-vous.

Comédiens tout en retenue et envolées légères, maîtres de ballet de gestes évocateurs jamais trop marqués, déclencheurs d’imaginaire collectif, l’humour suisse a un visage aux multiples faces : celui mobile et subtil de Mifsud, les expressions fines de Büchi et les gammes de jeu si différentes de Pohlhammer, tous modelés ensemble par leur inventive complicité. Bien au-delà de l’humour de situation, jamais dans le sarcasme ni l’ironie cynique, l’humour suisso-universel a un nom de code : BPM… qui se cherche et se trouve jusqu’à la toute dernière ligne des remerciements de la feuille de salle (merci quand même à Claude Chabaud).

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