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Percussion, sable, lumière, cuivre, cordes et corps. Tels sont les éléments de l’univers de la récente création de Maud Blandel. Dans ce mélange résistant ou ductile, chaleureux ou tempéré, organique ou friable se noue une cosmogonie essentielle, l’aurore et le crépuscule d’un monde traversé d’exultations et d’exténuations. Tout est tension dans ce Diverti Menti inspiré par le génie mozartien. Entre l’espièglerie
résolue et une sobriété dense, entre les variations circulaires de la chorégraphie et l’inflexible écoulement d’une douche de sable, entre le mouvement, sa mémoire aveugle et la mesure du temps qu’un monticule croissant indique. Tandis que piano, tuba et guitare couvent la partition, celle-ci sourd de l’enveloppe même de la danseuse – la clôture du regard avivant sa résonance intérieure. Fugacement, les paumes
ajoutent des croches à la composition, des tapotements de pieds en appuient l’intensité douce ; le bras élance le corps, le guide avec autorité mais sans violence. Tout est humilité dans cette heure volée à l’incessant : la réorchestration du Divertimento K. 136, certain prodrome sans déploiement de la musique, la place de l’interprète Maya Masse souvent située dans l’espace même dévolu aux solistes de Contrechamps, l’ombre au-devant de la danse qui vient un instant lécher le gradin. Jamais le lyrisme ne quitte la mesure, le ludisme sa forme, la liberté sa structure. L’ellipse qui se dessine au sol confirme une centration trouble – toute d’allégresse brûlante, de brillante gravité. L’intercession retenue de la chorégraphie architecture les sons, suggère des sentiments divers allant de la joie à la douce résignation, les croisant parfois. Mozart semble ici subjuguer Spinoza et Pascal : célébrant le corps et l’esprit, d’un côté ; pointant l’inexorable, de l’autre. Condition de la virtuosité, le temps se révèle in fine indifférente à elle. A la fin de l’heur(e), une modeste éminence de cendre dit la victoire de l’Ennui, la vanité du divertir. Ce rien de la scène redevenue tranquille est toutefois trahi par le souvenir de ce qui fut. Paupières closes à son tour, le regardeur fervent se remémore le surgissement de la Beauté, son empreinte invisible. Et tenace pourtant.

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