Compagnie STT Dorian Rossel Delphine Lanza

Les amis de notre petite enfance sont-ils les plus précieux ?
Oui.

Faut-il essayer de les retrouver à l’âge adulte ?
Ce n’est pas certain.

Le plus beau serait de les réinventer pour qu’ils gardent leur mystère. Dorian Rossel et Delphine Lanza, grands enfants devenus mûrs, l’ont compris. On aime follement, chez ces deux-là, la passion d’un spectacle toujours plus vivant. Taniguchi vit encore, Gontcharov vit encore, Bergman vit encore, Grossman vit encore.

Mais là c’est autre chose. Rossel et Lanza ne veulent pas faire revivre Runa, l’enfant partie en Crimée dont on entend, vingt ans après, le filet d’une voix touchante sur un disque de chansons venu du bout du monde. Ils veulent faire de la petite fille un personnage de conte. Oui, ce sera tellement plus beau ainsi.

Alors les voilà qui dansent, les amies de Runa devenues grandes. Elles « imaginent » le long voyage qu’elles feraient pour retrouver Runa. Eh, dis, on dirait qu’on prendrait le bateau. Et là, on se baignerait dans la mer. Et puis là, on dormirait dans une cabane. Peut-être on retrouvera Runa. Mais ce n’est pas le plus important. Il faut qu’il existe avec nous, ce rêve que nous faisons d’elle, avec vous qui nous regardez.

Et là Baudelaire s’impose : “Les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent / Pour partir, cœurs légers, semblables aux ballons / De leur fatalité jamais ils ne s’écartent / Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !”

Mais oui allons ! Inventons des paysages, dessinons des cargos, l’horizon est ici, dans ce minuscule dessin, ces cartons dressés qui sont autant de montagnes ! Pour nous attacher à l’expédition, Rossel et Lanza font fi des mots, dits de travers par une femme-enfant qui rend hilares les bambins montés dans le même wagon que nous. C’est pour mieux faire foi du songe. La toile imaginaire se retisse, entre nous et les fantômes de notre vert paradis. Les amours enfantines perdues étaient les plus belles. Elles ont aussi été des ruptures amoureuses, parmi les plus douloureuses qui puissent être. Les voilà présentes en scène. Nous revivons avec elles apaisés, saisis par une joie pure.

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