MONUMENT 0 : HANTÉ PAR LA GUERRE (1913-2013)

Boglárka Börcsök et Ligia Lewis, danseuses de « Monument 0 »

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Elles composent avec les quatre autres danseurs un groupe riche de cultures et de parcours chorégraphiques différents. Leurs CV pointent les écoles de danse les plus prestigieuses, dont la transmission est au cœur du propos d’Eszter Salamon.

(c) Christophe RAYNAUD DE LAGE

© Christophe RAYNAUD DE LAGE

Boglárka et Ligia dansent « Monument 0 : hanté par la guerre (1913-2013) ». Danseuses, performeuses, elles ont déjà une première expérience de la chorégraphie. Les questionnements de Ligia dans son propre travail l’ont amené à suivre avec intérêt celui d’Eszter. Boglárka aussi suivait de son côté le travail d’Eszter Salamon. Et toutes deux ont sauté sur l’occasion dès que s’est présentée l’opportunité de travailler avec la chorégraphe. Elles composent avec les quatre autres danseurs un groupe riche de cultures et de parcours chorégraphiques différents. Boglárka est hongroise, Ligia originaire de République dominicaine, João est portugais, Yvon vient du Congo, Luis et Corey sont américains. P.A.R.T.S., Juilliard School, Alvin Ailey School… Leurs CV pointent les écoles de danse les plus prestigieuses, dont la transmission est au cœur du propos d’Eszter Salamon. Qui aime bien châtie bien.

Avant de démarrer le processus de création avec les danseurs, Eszter Salamon a réuni des matériaux divers, notamment de nombreuses vidéos sur YouTube. La volonté politique affichée de l’artiste est de réécrire une histoire des danses. Le crowdsourcing est le meilleur moyen de contourner la parole académique. En Europe et aux États-Unis, ceux qui ont construit l’histoire de la danse ont écarté la plupart des danses, dites « tribales » et « folkloriques ». Eszter Salamon prend à cœur de révéler l’importance des danses populaires. Avec « Monument 0 », elle le fait avec une remarquable intelligence. En choisissant de traiter des danses de guerre, elle entreprend un travail de révélation, de remise en question pour aboutir à une forme de résilience sociale.

Le travail le plus important pour les danseurs a été l’apprentissage de 60 danses venues de tous les coins du monde sur la base des vidéos sélectionnées par Eszter – seulement la moitié de ces danses seront ingérées dans la chorégraphie finale. Ces ateliers se sont concentrés sur dix semaines, ce qui est un temps relativement long dans un processus de création chorégraphique où, pour la majorité des interprètes, la création se fait en pointillé sur plusieurs mois.

Le premier travail fut celui de l’appropriation des danses issues de peuples différents de tous continents. L’incarnation par chaque danseur (« embodiement  » en anglais) de ces danses de guerre est le fruit de l’intelligence collective du groupe formé par Eszter et les danseurs. La composition musicale originale, interprétée par les danseurs au moyen de la voix en solo et en formation chorale, par l’usage de leur bouche, de leurs corps, d’instruments de fortune (une bouteille et un bâton), est également le résultat d’un travail de groupe exceptionnel quand on sait que peu d’entre eux ont reçu une formation musicale. La chorégraphe porte la vision très forte et l’intelligence du projet. Elle en a construit le cadre de référence dans lequel chacun a pu déployer sa propre créativité en fonction de sa culture, de ses compétences chorégraphiques, de son histoire personnelle. Ce processus de cocréation, concentré sur une même durée, s’est fait en groupe, chacun enrichissant l’autre de sa connaissance, de ses observations, de ses suggestions.

La dramaturgie a été construite par Eszter Salamon une fois le matériel chorégraphique ancré dans les corps des danseurs. La construction du spectacle est dans cette pièce essentielle pour comprendre le propos et sa portée.

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