Le cas MOYA

Une écriture universelle de soi

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© 2017 NRV Nice Rendezvous

« Le problème avec moi, c’est que je fais tout et n’importe quoi. » Patrick Moya semble s’être essayé à tout. Depuis les dessins au ton décapant de ses débuts jusqu’à des moulures de masques d’opéra de Hong Kong, l’ouverture exceptionnelle de ses placards pour son « intro-rétrospective » provoque en premier lieu la surprise de l’artiste lui-même, devenu spectateur. À travers son style au trait franc, aux volumes simples et aux aplats de couleurs vives, Moya exprime une peur quasi viscérale du vide que peine à combler une œuvre extrêmement prolifique. Plurielle, celle-ci est aussi et surtout spontanée, vibrante dans l’instant précis de sa création qui met en scène son créateur : « Je travaille pour une œuvre qui a besoin d’être montrée ». Pour s’assurer d’être toujours présent à l’œil de son public, Moya cherche à s’inscrire lui-même au sein de sa propre image, renversant continuellement le sujet en objet, le voir en être vu. D’abord en raison de l’omniprésence frénétique de son nom à la manière d’un graffeur de street art ; ou encore grâce à ses personnages facilement reconnaissables, le « petit Moya » et la « poupée Dolly » à l’allure 3D quasi extraterrestre, qui parcourent ses dessins, toiles, sculptures et installations vidéos.

Sous l’apparence naïve de ses œuvres, le vertige du questionnement existentiel qui les parcoure est plus saisissant qu’il n’y paraît au premier abord. En se rêvant universel, Moya est devenu un monde à lui tout seul. Le créateur, devenant créature, a fait de l’artiste une œuvre d’art. De fait, la puissance créative de Moya est incommensurable. L’amoncellement déconcertant de ses propositions crée un système cohérent autotélique. Pas étonnant que, parmi les très nombreuses commandes que l’auteur reçoit, le monde carnavalesque, avec son cortège d’images et son énergie si particulière, trouve en lui un écho sincère. La « Civilisation Moya » crée une cosmogonie et une mythologie à part entière qui s’épanouit en multipliant les clins d’œil : « Pierre de Moyette », « Moya Land », « Musée Moya ». Son œuvre déborde de symboles et d’analogies au mythologique et au sacré, toutes repassées à travers les mains, la gorge et l’esprit de Moya.

Finalement, la chose en laquelle Patrick Moya croit absolument, c’est l’art. L’exposition invite à dépasser l’enfermement psychanalytique stérile pour ouvrir un geste plus ample, créateur, embrassant le monde et poussant le spectateur à opérer sa propre introspection. En faisant toujours usage d’un haut degré de mise en scène, Moya joue avec les codes de l’analyse (« stade du miroir », « figure du père ») qu’il entremêle à une force artistique brute. L’artiste aime repousser les limites de la performance, dans le monde physique ou bien sur « Second Life », le serveur informatique où il possède pas moins de quatre « îles », reproduisant tous les lieux dans lesquels il a déjà exposé. Ce monde participe à sa création, non seulement comme extension de celle-ci, mais aussi comme matière première, éléments de réalité « virtualisée ». Moya s’y épanouit, fasciné depuis toujours par le pouvoir de l’icône – notamment celles du petit écran – sans jamais oublier celles et ceux qui le regarde, comme il s’observe lui-même. « J’aime faire plaisir », affirme Moya, souriant. Cette ingénieuse « intro-rétrospective » du « cas MOYA » nous le confirme.

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