Errances, transes et danses

Amsterdam Klezmer Band
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La musique klezmer a ceci de fascinant qu’elle est une synthèse parfaite de notre vieille Europe et de son histoire. Probablement issue des mêmes racines que la musique tzigane, elle conte les errances d’un peuple entre Gange et Europe centrale.

De village en shtetl sont portées les histoires de vie, de religion, de quotidien, de la construction de cette culture qui ira ensuite nourrir et construire la musique occidentale, romantique d’abord puis jazz et funk. Musique de la joie de vivre, elle donne irrésistiblement un rythme au pied qui bouge, une cadence aux corps qui se meuvent, un élan d’énergie et de plaisir aux danseurs saisis par une transe sans objet autre que le plaisir et l’harmonie. Mise à mal lors de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah, cette musique populaire sera de plus concurrencée dans les cœurs par la musique classique – et par les oukazes du bon goût – qui attirera les plus grands (Heifetz, Oïstrakh, Menuhin). Le genre retrouvera à partir de la fin du siècle ses marques de noblesse en envahissant et en intégrant les registres du jazz, du hip-hop, etc.

L’Amsterdam Klezmer Band est une parfaite synthèse de cette nouvelle approche du klezmer : rompant avec la tradition d’exclusion des instruments à vent et des percussions, le groupe intègre également des origines diverses : klezmer et musique des Balkans, ska et jazz, tzigane et hip-hop. Leur musique est aussi une base pour des DJs de renom comme C-Mon & Kypski ou encore Shantel. En dix-neuf ans, le groupe de sept musiciens a grandi en renommée mondiale en mixant son propre son, bousculant l’orthodoxie du genre : un chant juif traditionnel peut tout aussi bien être accompagné par un rap ou que par un solo de sax. Ils sont invités partout : des caves des centres-villes aux festivals et salles de concert renommées, en Europe comme au Brésil, au Mexique ou en Corée du Sud. Peu importe que leur musique soit jouée au Sziget Festival, à celui de Hong-Kong, au Concertgebouw, la grande salle classique d’Amsterdam, dans des bars slovènes ou turcs, toujours leurs rythmes entraînent et font danser les spectateurs.

Le leader et saxophoniste du groupe le décrit comme un mini brass band, composé de trois instruments à vent, de percussions, d’une basse, d’un accordéon et d’un chanteur à la voix rocailleuse. En lançant le groupe à Amsterdam, ville où la tradition klezmer avait disparu au début des années 1990, il ne s’attendait pas à l’accueil chaleureux qui l’a conduit très vite à accumuler les propositions de concerts. De 1996, date de création officielle, à 2001, il enchaîne les festivals de rue jusqu’à leur fameux concert en 2001 au festival de Groningen, qui leur apporte la notoriété et leur permet d’enchaîner les contrats dans le monde entier. Au global, le groupe aura réalisé près de 1 000 performances et enregistré onze disques sans jamais perdre sa formidable énergie, musique de la rue et du plus grand nombre.

À l’espace Pierre Cardin, ils se produiront avec Rachid Taha (chant) et Hakim Hamadouche (oud). Allant toujours plus loin dans ce mix des genres, chaque mélange mélodique est un nouveau pas dans cette errance. Chanteurs de la rue, chanteurs de la vie, ils ont inspiré Johann Sfar dans sa série « Klezmer » contant les épopées d’une bande de musiciens errants apportant joie, rythme et vie aux populations qui les accueillent. Les spectateurs de ce concert auront eux aussi cette chance de pouvoir plonger dans leurs propres racines enfouies, celle de la vie.

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