Mektoub My Love, l’intermède de l’horreur

Mektoub, My Love : Intermezzo
Par

DR

« Prochainement » : voilà ce qu’annonce Allociné sur la sortie du dernier film du réalisateur Abdellatif Kechiche. Sélectionné au 72e festival de Cannes, le deuxième volet de la trilogie Kechichienne « Mektoub My Love », intitulé « Intermezzo », ne trouve toujours pas de distributeur. Ni en France, ni ailleurs…

Étonnant ? Absolument pas si l’on considère ces quelques 212 minutes constituées de trois séquences inégalement découpées. Grosso modo : une vingtaine de minutes de plage où l’on parle fromage et mariage, 2h30 de boîte de nuit le son à fond puis 13 minutes de cunnilingus dans les toilettes. L’élégance à l’état pur en somme. Le cri de révolte que cette projection inspire, outre le fait d’avoir été programmée par le festival à 22h en fin de festival sans Redbull à l’entrée, ne vient pas tant du fait que le réalisateur ait tant tenu à filmer les derrières de ses actrices sous toutes les coutures, mais au vide sans fond de son scénario, si tant est qu’il n’y en ait jamais eu.

Kechiche nous plonge dans sa jeunesse sétoise en 1994, en filmant sa bande d’amis une après-midi à la plage, sans intrigue particulière, laissant toute l’émanation sensuelle d’Ophélie Bau, son actrice principale, faire tout le travail, son travail. Lui, le sétois exilé à Paris pour ses études de cinéma, interprété par le sublime Shaïn Boumédine (narcisse Kechiche ?), n’intervenant qu’à mi-chemin de l’opus, regarde tout cela de loin, ne drague personne et pourtant, tout le monde se l’arrache à coup de qui « twerkera » le mieux. Tout le monde sauf Ophélie, qui préférera se faire lécher par un autre ami de la bande. Merci pour cette belle leçon de féminisme M. Kechiche, on n’en demandait pas tant.

Ophélie Bau et Salim Kechiouche dans « Mektoub My Love : Intermezzo »

Mais de grâce, exit le faux débat. Les scènes de sexe crues n’ont jamais été un problème pour qui aime le cinéma de Kechiche, cela en fait partie aussi intégralement que son montage, tout aussi cru. « La Vie d’Adèle », malgré ses multiples scènes de sexe lesbien dont l’une dure plus de six minutes, avait reçu trois Palmes en 2013 et l’aval du public en salles. Mais regarder sans moufter sa focale vissée aux fesses, aux seins et au vagin de ses actrices pendant presque quatre heures, le tout dénué d’arcs narratifs sur fond de techno dans une boîte de nuit aux allures de Metropolis du sud, relève du marathon forcé, sans même un cachet d’acide pour y faire face.

Ces corps féminins qui nagent, qui s’amusent, qui dansent, qui suent, qui attisent, qui se mélangent sans que jamais l’histoire ne révèle le moindre soupçon d’une intrigue, sont au fond l’origine du problème, qui vaut à Kechiche d’être boudé par toute l’industrie, privant ainsi toute une équipe à commencer par lui-même, d’une sortie en salle(s). Le cinéaste semble avoir oublié toute notion d’équilibre et de respect de son audience, pourtant présente pour lui, pour son génie, pour son point de vue et sa façon bien à lui de faire fi des convenances, jetant au feu les codes cinématographiques habituels. Mais là, c’est trop.

L’expérience d’ »Intermezzo » est une suffocation constante, un tunnel sans lumière, d’une longueur indécente, pour laquelle, au moins, il eût le bon goût de s’excuser.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

D'autres articles par