Au Théâtre Transversal, Éloïse Mercier nous livre le récit d’un voyage initiatique, celui d’une jeune femme qui s’expatrie au Vietnam pour intégrer le service management d’une multinationale. Arrivée au beau milieu de la saison des pluies, elle découvre un pays et une culture en perpétuel mouvement et qui s’adapte sans cesse aux aléas météorologiques. Dans cet environnement exotique, tout ce qui était solide dans sa vie va être remis en question : ses engagements amoureux en France comme sa carrière professionnelle. Perdue dans Ho Chi Minh City, elle saute peu à peu dans les flaques de l’émancipation.

Au centre du plateau, la comédienne-autrice énonce les chapitres et raconte au micro, d’une voix douce et langoureuse, les péripéties de son personnage : la découverte de la langue, les virées en scooter dans les rues inondées, la jungle et le désir incontrôlable qui chamboule les évidences. À chaque épisode elle fait évoluer d’un geste le décor qui l’entoure, petit intérieur fait de trouvailles, objets évocateurs tous plus ou moins rattachables au champ sémantique de l’eau. Elle allume ici le néon d’une lampe fluo, donne à manger à son poisson rouge ou bien encore fait tournoyer une vespa miniature tandis qu’une vielle télé diffuse des images de gouttes dégringolant le long d’un carreau. Régulièrement la comédienne s’hydrate avec précaution comme s’il lui fallait conserver un degré d’hygrométrie suffisant pour pouvoir rester connectée à son élément et poursuivre son histoire. La musique électronique délicieusement vintage épouse la narration à travers des nappes envoûtantes, arpèges mélancoliques ou autres kicks sourds et entraînants. Le hit « Run Through the Jungle » des Creedence Clearwater Revival achève la transformation de la petite fille modèle au parapluie en panthère sauvage ruisselante d’appétit pour son amant.

Car il s’agit bien ici d’une métamorphose. Le pays étranger s’apparente à la chrysalide qui permet à la jeune fille de se sentir enfin une femme, même si ce passage à l’âge adulte laisse des blessures. Avec sa Compagnie Microscopique, Eloïse Mercier observe au plus près et représente avec ses mots les micro phénomènes émotionnels qui se déroulent à l’intérieur de nous afin de leur rendre leur juste importance à l’échelle de notre intimité. Parler de liquéfaction pour raconter le désir, c’est embrasser le changement d’état, accepter la chimie qui s’opère, au-delà de nos raisonnements, pour s’en remettre à l’intelligence de l’eau qui circule en nous : sueur, larmes, sang…

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