Aurora

D’la balle ?

Par

(c) Alessandro Sciarroni

© Alessandro Sciarroni

Si le goalball devait un jour faire l’objet d’une adaptation cinématographique du côté de Hollywood, Alessandro Sciarroni n’aurait pas de mal à décrocher le job ! Son « Aurora », mettant en scène de véritables sportifs malvoyants pratiquant cette discipline méconnue, a par moments des allures de grand spectacle digne d’« Invictus », « Moneyball » ou « A League of Their Own ». On imaginerait presque Rocky Balboa surgir sur scène. On s’attendrait à voir flotter, fier et digne, un immense drapeau sur la musique pompeuse et victorieuse qui accompagne l’entrée et la sortie du spectacle.

Entre ces deux moments où la dramaturgie est poussée à l’excès, Sciarroni cherche, toujours à travers l’exploration des arts performatifs (souvenons-nous des jongleurs dans « UNTITLED », de la danse tyrolienne dans « FOLK-S »), à développer encore l’expérience sensorielle et la connivence public-performers. « Aurora » est un match de goalball, le terrain étant l’espace scénique, spectateurs de chaque côté. Arbitres et joueurs sont interprètes, presque malgré eux. Durée fixe et actions aléatoires, comme lors d’un véritable match. Le travail de Sciarroni se situe donc ailleurs que dans la manipulation des corps ou de la mise en scène à proprement parler. C’est par l’installation de procédés extérieurs, perturbateurs, que l’artiste va faire surgir les éléments dramatiques. La plongée progressive dans l’obscurité totale, d’abord, amènera le spectateur à éprouver par l’expérience des sens les conditions de vie des joueurs non voyants. Par la suite, une musique assourdissante, qui plonge les comédiens-sportifs dans l’incapacité sensorielle absolue, dévoile de fait la facette la plus humaine derrière le sportif expérimenté : désarroi, colère, frustration, fragilité renvoient le compétiteur, jusqu’ici résistant à l’effort, à sa nature humaine.

Le goût du dépassement de soi et de la résistance des sportifs, leur humanité révélée : « Aurora » montre (de manière un peu étirée) qu’il y a peu entre validité et infirmité.

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