Chienne de vie* / *Life is a bitch

Fasten your seatbelt, it’s gonna be a bumpy show

Par

chienne de vie collectif le bleu d armant

Qui a dit que la bien-pensance avait définitivement balayé l’insolence ? Que l’incorrect avait été banni de la société, comme l’offense ? Oui, l’offense : celle qui n’est pas timide, qui n’est de nul autre parti que celui de la liberté et de la tolérance. Elle a encore sa place, quelque part. Dans l’art et le spectacle, assurément.

« Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. » Sauf que la limite est fine, à défaut d’être poreuse, entre la connerie et l’audace. Audiard le savait, le collectif Le Bleu d’Armand aussi.

Avec son « Chienne de Vie* / *Life is a bitch  », il en fait la démonstration. Il s’engouffre dans les possibles de l’insolence et de l’humour noir, brandissant la satire ou le grotesque du cynisme comme armes du rire.

Une heure durant, les quatre compères explorent, avec énergie et plaisir, les travers des relations humaines, souvent dévoyées (constatent-ils) par une quasi-impossibilité à COexister. Par le jeu et par une succession de sketches filés, cadencé par des chansons créées par la compagnie, habilement séquencé par des ruptures de rythme inattendues, le spectacle dénonce autant l’habitude collective du « bouc émissaire » que la béatitude niaise de l’« aimez-vous tous ».

« Chienne de vie » peut cependant dérouter par sa franchise, son outrance. Mais si chacun se laisse aller à rire de l’odieux, avec distance et second degré (au moins !), l’heure est agréable : tolérez alors qu’on y accumule les humiliations, les insultes, les coups, le rabaissement, le harcèlement ou les blagues sur les communautés (juifs, Arabes, handicapés, homosexuels…). Acceptez aussi qu’on pousse le vice jusqu’à danser sur du Patrick Sébastien.

Rien de prétentieux, rien d’autre qu’une spontanéité qui, sous couvert de guignolades entre amis, interroge les rapports humains, sans candeur ni sadisme, mais avec l’intelligence de celui qui ose l’ignoble pour le dénoncer en même temps qu’il s’en amuse.

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