Hugo dans une boîte à biscuits

Les Misérables
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Les Misérables

D.R.

Convoquer l’infiniment petit pour parler de notre humanité. Une des plus grandes missions du théâtre vivant. La compagnie Karyatides a pris cet engagement et nous offre une lecture saisissante des « Misérables ». Quelques vieilles boîtes à biscuits, celles que ma grand-mère conservait précautionneusement pour y ranger son nécessaire à couture. Quelques santons, des maisonnées en bois, un bout de tissu, une fourchette en argent… Un artisanat brut et dépouillé pour nous raconter la grande épopée hugolienne de plus de 2 000 pages. La table est tour à tour champ de barricades, villages, forêt, villes… La scénographie circulaire n’est pas sans nous rappeler les lanternes magiques. Notre âme d’enfant et notre imaginaire sont sollicités instantanément. Et c’est avec une grande précision que les comédiennes, au nombre de deux, manipulent chaque objet, auquel elles donnent littéralement vie. Elles ne leur prêtent pas seulement leurs voix, elles les incarnent pleinement. Point de dissimulation. C’est une véritable interprétation théâtrale et une chorégraphie qu’elles nous offrent. Fascinant et extrêmement ingénieux. La substantifique moelle, extraite du roman, nous invite à suivre les figures les plus marquantes : Jean Valjean, Javert, Fantine, Cosette et Gavroche. L’intrigue policière est finement ciselée, le mélodrame peut avoir lieu. Jean Valjean, ancien bagnard, est poursuivi sans relâche par Javert, représentant de l’ordre moral. Il se rachète aux yeux du monde en prenant sous son aile Cosette, orpheline. C’est sans compter la révolution qui gronde et qui les précipitera tous dans l’abîme. Il fallait de l’audace pour se saisir du monument hugolien, et nous les remercions de l’avoir eue.

 

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