L’Origine del mondo – Ritratto di un interno

L’ensemble et l’aujourd’hui

Par

(c) Claire Pasquier

© Claire Pasquier

Les Italiens sont dragueurs, beaux parleurs, s’expriment avec les mains, etc. Autant de clichés réducteurs qui parfois font oublier à certains la subtilité de cette culture, berceau de la Renaissance et terre natale de l’amant platonique de notre rédactrice en chef, Romeo Castellucci. Pourtant, il reste un cliché visant la culture italienne qui n’est pas toujours faux et que cette pièce illustre avec justesse : elle sait produire des artistes qui s’emparent de l’absurdité de nos quotidiens pour représenter avec humour nos douleurs. Roberto Benigni, Dino Risi, Ettore Scola, Emma Dante… J’arrête ou je continue ? Je continue, puisqu’à cette liste peut s’ajouter le nom de la dramaturge Lucia Calamaro, qui dépeint ici la relativité et l’égoïsme des chagrins de son personnage pour mieux démontrer la réalité de sa solitude ressentie. Au rythme d’une gymnastique rhétorique à la fois complexe sur la forme et simpliste sur le fond, le spectateur se trouve embarqué au milieu des errances ontologiques d’une femme et des efforts de sa mère pour l’en extraire, oscillant ainsi entre le rire des situations et la souffrance de l’introspection. La souffrance, car oui, il est certain qu’une part de nous ressort des mots de l’auteur, lesquels résonnent avec la violence des choses vraies quand elles sont dites. Et la réalité n’est autre qu’ici, la plupart de nos chagrins à tous sont cette « étrange prison de paix » dans laquelle nous nous enfermons mais qui n’a aucune raison d’être objective. De la communauté de ressenti qui se crée alors dans la salle, l’auteur fait à la fois son ressort humoristique et notre premier remède : non, nous ne sommes pas seuls ! Au bout des trois heures, comme cette fille à qui la mère demande « Tu as peur, quelque chose te fait peur ? », ensemble nous pouvons répondre « Non, plus maintenant ». Et « maintenant », ce mot si simple sera le second remède de l’apothicaire Calamaro : celui de la guérison par le présent. Le présent de la pièce, celui de la représentation et de nos vies.

 

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