Saint-félicien au Texas

Binôme 1. La valise
Par

Binôme

D.R.

Quelques heures avant de découvrir la 6e édition de « Binôme » à la Maison Jean Vilar, j’écoute Olivier Py au Cloître Saint-Louis qui achève sa leçon sur Shakespeare par un superbe poncif : « La dictature de la technique et des mathématiques a tué la parole poétique ». Alors Olivier Py aurait sans doute détesté « La Valise », spectacle bourré de chiffres sataniques et financé par le Grand Orient du CNRS, né du premier des 5 binômes « le poète et le savant » formé par l’auteur et metteur en scène Ayat Fayez et le chercheur en sciences olfactives, Mustafa Bensafi.

Parlons chiffres. Une rencontre de 50 minutes préalablement filmée réunit les 2 hommes dans un décorum de savant fou, avec des petites fioles partout comme dans le laboratoire du Grand Schtroumpf. Au terme d’1 mois 1/2, Mustafa Bensafi découvre, filmé, le texte créé pour 3 voix par Ayat Fayez à l’issue de leur rencontre. Sur scène, des extraits de ces 2 films encadrent la lecture jouée par la compagnie Les sens des mots. 30 minutes au cours desquelles 1 création musicale est composée en direct. Le tout s’achève par 1 heure de débat en présence des binômes.

Le dispositif conçu par Thibault Rossigneux est une audacieuse chimie d’où surgissent, inattendus, l’humour et la poésie servis, inattendument, par le langage scientifique. Que l’on me parle de « système trigéminal », de « gènes de l’olfaction » ou de « synesthésies baudelairiennes », le résultat est le même : le ressenti poétique, produit par un mécanisme de décalage cognitif (M. Bensafi, ça veut dire quelque chose ?) En gros, quand mon cerveau ne comprend pas, il imagine. De la leçon de Bensafi, je retiens une chose : ne faites jamais sentir du saint-félicien à un Texan.

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