Ici ou là, maintenant ou jamais

Bolze fout le boxon

Par

(c) Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

La compagnie MPTA, dirigée, pour l’occasion, par Mathurin Bolze, ouvre le festival utoPistes de Lyon. Entre le tirage de langue et le pince-cul, ce spectacle est une entrée en piste fracassante. La clique envahit la place des Célestins et y fait un sacré barouf. Place qui, rappelons-le, se situe dans un quartier particulièrement nanti de Lyon ; ce dont les circassiens n’ont pas manqué de rire : « Si vous n’avez pas les moyens de manger dans ce charmant petit restaurant, pas de problème, vous pouvez acheter juste ici un collier pour chien avec des strass pour 100 euros », dit Nedjma dans un mégaphone, juchée à 4 mètres de hauteur sur un mât chinois érigé au centre de la place.

Des artistes, suspendus au-dessus des portes, embrassent goulûment le public qui entre, tandis que d’autres lui ferment les battants au nez, montent sur scène en sautant des balcons ou en traversant la corbeille en équilibre de coudière en coudière. Le metteur en piste joue en équilibre sur le fil de l’inconvenu : une partie du public entre dans la salle en passant par la trappe de scène, un personnage recouvre les hauts-reliefs des décors du théâtre d’objets insolites et de masques. Entre une acrobatie et un bijou de voltige, deux hommes s’embrassent au bord du plateau. Lyon. Plusieurs milliers de participants à la Manif pour tous. « Ce que montre ce spectacle, c’est l’envie d’être ensemble et la preuve que tous ensemble on peut faire de belles choses », dit Mathurin Bolze. Lyon. Ville qui a vu se développer en son sein des partis et associations d’extrême-droite et xénophobes. Périlleux.

Une acrobate aux airs de petite fille s’avance lentement, fendant le public jusqu’à arriver au centre de la corbeille. Elle s’attache, embrasse un spectateur puis soudain s’élève, comme emportée par le vent, sous le lustre du superbe théâtre à l’italienne des Célestins. Sous la coupole, comme un oiseau dans une cage dorée, volant autour du trapèze, son perchoir, chantant, dangereusement suspendue au-dessus du vide. Un véritable appel à l’élévation.

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