Les 120 Journées de Sodome

Chair brutale

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Les 120 journées de Sodome

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 Chez Sade, quand il s’agit de pénétration, les options sont nombreuses. Pour le Marquis, il n’est aucun orifice qui ne soit trop serré pour qu’on ne s’y introduise, et, à la manière des innombrables verges évoquées dans ses écrits, c’est toujours avec violence que sa prose rentre en nous, nous laissant flotter sur des eaux saumâtres où se mélangent étrangement le plaisir et le dégoût, dans un doux sentiment de culpabilité. Les corps sadiens, abondamment brutalisés par autant de jeux cruels, deviennent alors le réceptacle d’une perversion aussi malsaine que joyeuse, portant à son paroxysme une transgression qui en devient, en l’occurrence, jouissive.

Cependant, dans ces « 120 journées de Sodome », nos fondements ne se laissent – heureusement – pas brutaliser, puisque c’est par le conduit auditif qu’Agnès Bourgeois, avec une inventivité retorse qui ne déplairait certainement pas au Marquis, lui permet de se glisser, subrepticement, à l’intérieur de nos têtes. C’est effectivement dans un environnement sonore minutieusement construit que nous assistons à la ronde de corps ridicules, prisonniers d’un espace hermétique au sein duquel résonnent avec puissance toute la cruauté et tout le grotesque de la langue de Sade. Accompagnée par sept comédiens-musiciens tous impressionnants de tenue et de précision, Agnès Bourgeois donne alors à entendre, dans une partition visuelle et musicale nous entraînant lentement dans un chaos volontaire, toute la violence de la passion sadienne, et nous plonge avec force au cœur du désir malsain de possession de l’humain, celui qui amène toujours à la domination et à l’écrasement des êtres. Sans nul doute un des grands moments du OFF.

 

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