We’re Pretty Fuckin’ Far From Okay

Corps angoissés

Par

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Respirer. Respirer, toujours respirer. Parfois, les nerfs se tendent, le corps se crispe, la poitrine se serre – cela devient de plus en plus difficile, de respirer, mais il faut continuer malgré tout, même quand la chair semble vouloir l’empêcher. Viennent alors les gestes, mécaniques, ceux que l’on pense utiles à la décontraction, mais qui n’auront en fait que l’effet inverse et qui, en plus de nous raccourcir le souffle, n’agiront qu’en révélateurs extérieurs de notre nervosité. C’est sur ce langage-là du corps, que l’on suppose incontrôlable, que Lisbeth Gruwez a basé son travail de recherche pour « We’re Pretty Fuckin’ Far From Okay », sa dernière création (au titre plutôt évocateur).

Au premier abord, rien de plus que deux danseurs, chacun sur une chaise, aux mouvements presque imperceptibles. Puis du son. Des respirations, justement, se faisant de plus en plus fortes, et dont la résonance se met à rythmer les corps de Lisbeth Gruwez et Nicolas Vladyslav. On ne peut que saluer la performance des danseurs, impressionnants de précision et de maîtrise, et si le dispositif scénique se révèle particulièrement réussi (remarquable travail de Maarten Van Cauwenberghe au son, et de Harry Cole et Caroline Mathieu à la lumière), force est d’avouer que la proposition peine souvent à captiver pleinement. Peut-être l’extase s’y fait-elle trop rare, peut-être apparaît-elle de façon trop attendue, ou trop systématique. La charge émotionnelle dégagée n’est cependant pas négligeable, et on se consolera avec le souvenir de ce court moment de grâce, au milieu du spectacle, quand quelques brèves notes de musique viennent illuminer le brouhaha des souffles courts et des corps agités.

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