Les enfants de Mahler

Nicht Schlafen
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Avec « Nicht Schlafen » (« Ne pas dormir »), Alain Platel signe une pièce sur laquelle il y aurait beaucoup à dire, mais, pour l’évoquer avec justesse, il faut simplement citer les prodigieux interprètes qui la dansent : Bérengère Bodin, Boule Mpanya, Dario Rigaglia, David Le Borgne, Elie Tass, Ido Batash, Romain Guion, Russell Tshiebua, Samir M’Kirech. Il y a beaucoup d’eux, voire tout, dans ce spectacle. La qualité de cette mise en scène tient de ces purs inventeurs.

Steven Prengels signe une bande-son où l’on retrouve Mahler, évidemment : « Symphonie no 6 » dite « tragique », « Symphonie no 2 » dite « de la Résurrection »… un peu de Bach – on est chez Platel ! –, des chants congolais live… le tout offrant un univers propice aux improvisations des danseurs, qui ne se privent pas.

On reconnaît au premier coup d’œil les sculptures, criantes de réalisme, de la plasticienne flamande Berlinde De Bruyckere. On lit que la fréquentation de l’atelier de l’artiste a influencé la manière de danser, de se déplacer de la troupe ; on veut bien le croire tant la fougue, l’emballement même surcharge ce travail rendu passionnant par les seuls danseurs, qui, lâchés dans les dernières minutes, s’épuisent à nous montrer que NON, ils ne dorment pas. Ils ne sont pas près de le faire.

Alain Platel, toujours aussi habile, sait laisser cet escadron se lancer à corps perdu dans le maniement d’images qui touchent forcément le spectateur. Il finalise le tout avec une mise en scène où son regard ne manque pas de parer son nouvel opus des signes habituels qui permettent, depuis ses débuts, de fixer le public, évidemment conquis par tant de beautés agencées pour lui plaire.

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