So Little Time

Le faux martyr en son pays

Par

© Jeva Griskjane

© Jeva Griskjane

Auteur, metteur en scène et comédien, Libanais vivant actuellement à Berlin, Rabih Mroué présente au théâtre de la Bastille « So Little Time ». La forme reprend celle des conférences qu’il joue souvent lui-même, mais cette fois c’est Lina Majdalanie qui interprète la comédienne-conférencière.

Derrière sa table, c’est elle qui raconte, tout en déposant au fur et à mesure des photos dans un bac ; mais au lieu de servir de révélateur comme chez le photographe, le liquide dissout les images au fil du temps pour ne laisser que des rectangles blancs. La comédienne s’effacera alors pour ne plus apparaître qu’en vidéo avant de disparaître complètement.

Formidable conteuse, elle fait surgir devant nous les monuments dont elle parle, ces statues hommages, les places qui les accueillent, les gens qui passent. Même s’il n’y a rien d’autre à voir que les écrans des surtitrages (en arabe quand elle parle français, en français quand elle parle arabe), on a l’impression d’y être. Elle parle d’un étudiant, Dib al-Asmar, tué au combat alors qu’il était engagé aux côtés de l’OLP, dont le corps est restitué par Israël aux autorités libanaises. Le héros devient un martyr, et un monument est érigé à sa gloire. Mais l’année suivante, lors d’un échange de prisonniers avec Israël, il revient, bien vivant. Que faire ? Que doit-il faire ? Que doit-on faire ?

Ce qui commence à la manière d’un conte populaire va progressivement évoluer vers le conte philosophique, la fable politique et l’histoire contemporaine, celle d’un pays, le Liban, déchiré, divisé, hanté par ses fantômes. Et si l’on sourit beaucoup, les questions et les doutes s’accumulent, graves et complexes.

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