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La pièce de Lessing, comme les comédiens nous le rabâchent en début de spectacle, est un classique allemand mais méconnu en France. Publiée en 1779, le texte est une déclinaison de ces “traités sur la tolérance” issus du siècle voltairien.

Se déroulant dans une Jérusalem des Croisades sillonnée par “Chrétiens fondamentalistes”, Juifs et Musulmans, sa résonance aujourd’hui a justifié que Nicolas Stemann s’en empare pour concevoir un objet scénique à portée hautement politique. Déjà créée en Allemagne en 2009, la pièce a été revue et corrigée dans le contexte post-Charlie Hebdo. Sauf que du texte de Lessing, en dépit d’un dispositif reposant pour moitié sur une lecture au micro et derrière un pupitre, on n’entendra pas grand-chose. Désincarnés, les mots flottent sur la scène vide où seuls trônent trois clichés démesurément symboliques : un tas d’or, des kalachnikovs et un mini-autel des trois monothéismes. Les comédiens, pourtant individuellement excellents, sont embourbés dans une direction d’acteurs brouillonne, indécise, à l’exception de quelques séquences chorales plus percutantes. Même les deux musiciens, aux créations sonores si singulières, ont peine à surnager dans cette marée bavarde.

A mi-parcours, “Crassier/Bataclan” de Jalinek arrive comme un cheveu (gras) dans la soupe, et le spectacle sombre dans une gesticulation politiquement correcte et vaine, masques de Trump géants à l’appui. Ce qui aurait pu être une expérimentation scénique fertile dans la rencontre choc entre un superbe récit philosophique du 18e siècle et nos préoccupations contemporaines n’aboutit qu’à un spectacle post-théâtral brouillon. Qu’on jugera pour notre part aussi parfaitement inutile, voire contre-productif, que le récent “Je suis Fassbinder” de Richter et Nordey. “Je veux faire du théâtre fort” ne cesse de déclarer Stemann : on attendra donc sa prochaine création.

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