La belle et la bête

Religieuse à la fraise
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Présenté dans le cadre des « Sujets à vif » au Festival d’Avignon l’année dernière, ce duo est un petit bijou de poésie. D’un côté, Olivier Martin-Salvan, 120 kilos (nominé aux Molières pour « Pantagruel »), plein de poils sauf sur le sommet du crâne, sorte d’ogre gentil. De l’autre, Kaori Ito, gabarit mouche de 40 kilos, ancienne danseuse de Preljocaj. Pas de ring ici, mais une joute affectueuse.
Quand ils débarquent sur scène, emmêlés, on comprend le titre du spectacle. Il suffit, en effet, de visualiser le dessert gourmand, et de voir leurs corps s’enchevêtrer, se distordre, rouler, sauter, se frapper doucement. En ce samedi après-midi au Monfort, leurs gesticulations déclenchent le rire carillonnant d’un enfant du deuxième rang. C’est que les mouvements symétriques ou répétés de l’un et de l’autre, par effet de contraste dans ce ballet d’un éléphant et d’une souris, créent une étrangeté et un humour libérateurs : ils montrent les replis de leurs chairs à l’état brut et vont à la découverte de leurs différences ; ils échangent les perspectives dans un rapport animal et joyeux au corps.
On ne cherchera pas à aller plus loin : la forme est légère (30 minutes), le projet modeste. On s’interroge sur l’hilarité sporadique de certains spectateurs adultes, à des moments qui ne sont pas spécialement burlesques ; comme un besoin, que permettent parfois l’art circassien et la danse, de nettoyer l’esprit grâce à l’intervention du corps. On aurait certes souhaité peut-être encore plus d’inventivité et de structure dans la confrontation des deux performeurs, mais « Religieuse » reste un joli spectacle d’initiation à l’altérité, à voir en famille.

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