Veuillez éteindre vos portables, le spectacle va commencer

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Voilà un spectacle qui n’en finit pas de commencer. On devine les deux danseurs pleins de bonnes intentions, et pourtant rien ne se passe. On nous annonce « une battle cinéma vs spectacle vivant ». On nous promet « rires, larmes, frissons, rêveries et une grosse machine à émotions ». Mais c’est quelques lignes plus loin que le programme met le doigt sur le nœud du problème : « foutraque ».

On nous fait remarquer que le mot « foutraque » est un nom épicène, un mot qui s’emploie indistinctement au masculin comme au féminin. Il semblerait que la clé du spectacle soit là. Plus qu’une battle entre cinéma et spectacle vivant, c’est à une battle masculin contre féminin qu’on assiste. Quelle est la place des hommes au cinéma ? Quelle est la place des femmes ? On nous apprend que King Kong était une femme, ce qui change tout et ne change rien.

On distingue ce qui aurait pu fonctionner dans la représentation. Des hommages plus ou moins discrets à « Nosferatu » ou à « Psychose ». Parlons-en, d’Alfred Hitchcock. On a du mal à décider si le petit discours rappelant que le cher Alfred martyrisait ses actrices et détestait les blondes (souvenez-vous pourtant de la couleur des cheveux de Tippi Hedren, Grace Kelly ou Kim Novak…) est un enfonçage de portes ouvertes ou s’il est toujours utile de rappeler que l’industrie cinématographique est une industrie hautement misogyne.

Pourquoi ne pas assumer, dans ce cas, d’articuler le spectacle autour de ce thème de façon plus visible et plus aboutie ? Pourquoi avoir voulu mêler de la danse contemporaine de facture tout ce qu’il y a de plus classique à ce qui aurait dû rester une performance ? Le statut hybride de la proposition a cela de pénible que l’on se retrouve coincé entre deux chaises : s’attend-on à une représentation de danse contemporaine, on est déçu car ça danse très peu ; vient-on voir une performance, on est déçu aussi car les idées en germe, et qui pourraient être bonnes, ne sont pas assez développées. On aurait aimé, comme nous l’avait proposé le Laboratoire de contre-performance un peu plus tôt, un vrai manifeste féministe, une vraie dénonciation de la réification des femmes par le cinéma. Au lieu de ça, devant ce gloubi-boulga assez indigeste d’influences variées qui font parfois penser à du Pina Bausch mal digéré, on s’ennuie, et on en vient à regarder hors scène, derrière la console de son qui sert de coulisses, puisque comme on nous l’a dit plus tôt c’est en bord de cadre qu’il se passe toujours quelque chose.

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