À votre bon cœur

The Money
Par

D.R.

Des billets au centre de la table, des secondes qui s’écoulent, des regards tendus, des voix qui s’élèvent et une décision à prendre avant que sonne la fin de la partie. C’est à une expérience immersive hors du commun que les Anglais du collectif Kaleider convient les curieux avides de spectacles faits d’humanité. Avis aux pantouflards du théâtre-objet d’art : « The Money » compte bien vous mettre à contribution, dans tous les sens du terme. Les participants sont invités à prendre place autour d’une table, se constituant immédiatement en assemblée solennelle. Les plus téméraires seront « bienfaiteurs » et participeront financièrement à hauteur de 10 livres ou plus, selon leurs moyens, et les plus timides se feront « témoins silencieux » de l’expérience. Pourquoi « The Money » ? Parce que tout l’enjeu ici est de décider quoi faire de la somme d’argent qui trône au centre de l’attention. Et tout est possible, dans les limites de l’imagination et de la loi bien sûr. La quinzaine de bienfaiteurs a deux heures pour se mettre d’accord et attribuer le montant à la cause de son choix. Dans le cas où aucune décision ne ferait l’unanimité, l’argent serait remis en jeu lors du prochain spectacle, comme à la loterie. C’est le challenge de la prise de parole, l’excitation des esprits et des ego qui fait tout l’intérêt et même la perversité de ce jeu-théâtre en apparence si ludique et innocent. La somme n’est pas astronomique, mais elle est bien réelle. Si les voix se font discrètes alors que le cadran numérique fait disparaître les premières minutes, rapidement le débat s’engage et les personnalités s’affirment. Les idéaux altruistes fusent et se confrontent aux intérêts personnels. Ce n’est pas tant la valeur de l’argent que Kaleider interroge, mais la valeur du combat. Est-ce qu’on peut s’accorder sur une cause plus importante qu’une autre ? Est-ce qu’une misère mérite plus qu’une autre d’être secourue ? On déploie des trésors de diplomatie, on se confronte aux histoires, aux sensibilités d’autres individus qui étaient des étrangers quelques minutes auparavant. On avait presque oublié ce que ça fait d’avoir son mot à dire.

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