La Route du Levant

Ennui radical

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De ce face à face entre un vieux flic alcoolique et un jeune homme soupçonné de radicalisation, on se demande encore ce que l’on n’avait pas déjà entendu, lu, ou vu dans la presse. Le texte semble être une compilation d’« Envoyé spécial » et de témoignages de livres Albin Michel – « Moi, revenu de Syrie » : ce n’est pas mal écrit, ce n’est seulement pas écrit. Aucun effort de mise en forme de la parole, d’élaboration à l’égard du réel, de souci de création. C’est une confrontation exactement comme on se l’imagine, aucune surprise de ce côté-là, dans laquelle les deux hommes s’opposent, partagent des moments de complicité, s’opposent à nouveau, jusqu’à un renversement final dont on doute encore de la pertinence (où la pulsion de mort du djihadiste contamine le flic, suggérant que la violence ne mène qu’à la violence). Direction d’acteurs irréprochable, parti pris « inclusif » de la mise en scène (le public est placé des deux côtés de la table d’interrogatoire). Rien à redire de cette pièce à valeur sans doute pédagogique, si ce n’est que ce choix du réalisme qui, en plus d’être paresseux, ennuie à mourir. De façon plus générale, il est peut-être venu, le temps de s’interroger sur la fonction du théâtre qui a fait du réel une profession de foi, au point que les textes ressemblent à des conversations de la vie de tous les jours, n’apportant ainsi, à l’égard de celle-ci, aucun effet de décalage et de questionnement.

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