Heureux métissages

Dakhla
Par

©Dan Aucante

En arabe, dakhla signifie « entrée », mais le terme désigne aussi un port marocain. De sa nouvelle pièce au titre évocateur, créée à Suresnes Cités Danse, Abou Lagraa a voulu faire un modeste hymne d’espoir au métissage des cultures. Sur un plateau nu découpé par quelques rais de lumière circulent les échos de trois villes portuaires bruissantes de vie et de culture, Alger, New York et Hambourg : au milieu des klaxons, Prince croise l’electro allemande et le chaâbi d’Algérie.

Mais « Dakhla » est surtout la réunion de quatre magnifiques danseurs. Ludovic Collura, Diane Fardoun, Nassim Feddal et Amel Sinapayen ont des origines et des cultures chorégraphiques diverses. Que leur bagage soit davantage classique, contemporain ou hip-hop, tous hybrident les styles, chacun à sa manière. Abou et Nawal Lagraa ont créé une chorégraphie virtuose et ciselée, qui alterne solos, duos et configurations plus originales, comme ces canons en ligne présents déjà dans « Allegoria Stanza », pièce de 2002 mêlant aussi danse contemporaine et hip-hop. Qu’ils soient vibratoires, fluides ou élastiques, les gestes sont d’une précision enivrante, et la chorégraphie crée des résonances propres à mettre en valeur les qualités de corps déployées par chacun. Les interprètes s’assemblent et se séparent au gré de dialogues tendres, indifférents, sensuels, farouches, souvent ambigus, parfois émouvants. Nassim Feddal et Amel Sinapayen forment un couple particulièrement marquant, lui carré, elle frêle, et inventant à partir de cela des duos inédits. Métissage et hybridité sont des tendances actuelles très fortes sur la scène contemporaine ; dans « Dakhla », ces mots prennent un sens aussi simple qu’heureux.

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