Contagion

Les sujets abordés sont tous brûlants. Terrorisme, complotisme, dégradation du climat social dans les banlieues… Seulement, François Bégaudeau refuse l’urgence. « Contagion » ne parle pas du terrorisme, du complotisme ni des banlieues. Mais du fait d’en parler.

Deux discours, systématiquement, se croisent. Les trois saynètes du spectacle suivent l’itinéraire d’un professeur d’histoire qui renonce à sa profession, dans trois moments de son « exfiltration » comme il est dit. Il y est chaque fois confronté à un nouvel interlocuteur. Il trouve en face de lui une idéologie qu’il voudrait déconstruire. C’est le premier réflexe : le corps à corps. On a peur un moment d’assister à un pensum moralisateur et biaisé séparant le bon grain (de la presse nationale) de l’ivraie (complotiste et critique). Ou l’inverse. Mais l’auteur a l’intelligence de ne pas s’engoncer dans la doxa. Dans le premier round, face à un ancien élève, les deux protagonistes font statu quo. Les arguments s’annulent, pertinents de part et d’autre de la ligne de fracture idéologique. Les certitudes du professeur s’ébranlent, l’évidence de son rôle de prescripteur se lézarde, voici le temps du doute, dont il faudra sortir.

Trois scènes, trois dialogues. Tout est dans le texte, dans le feuilletage rhétorique ; c’est une mise en situation théorique et didactique, sans aucune expérience esthétique. « Contagion » est une pièce à message, parfaitement assumée. Une base de réflexion, idéale pour des scolaires. Pas de théâtre, ou très peu — et ce ne sont pas les moments les plus efficaces. Le spectacle, lui, l’est ; suffisamment écrit pour que les prises de position sonnent juste, étayées par des arguments que l’on entend fréquemment, de fait. Les discours se construisent autour de sujets centraux dans les polémiques actuelles : Dieudonné, la presse, l’islam, Fukushima, les banlieues ; et commencent par épuiser (ou presque) ce que les tenants comme les critiques ont généralement à dire. Alors seulement peut germer la véritable question de la pièce : toutes certitudes écroulées, que faire ensuite ? Que faire lorsqu’il est impossible de savoir où prendre pied, lorsque l’on ne peut plus trouver de ligne de nage dans le grand bain de l’information continue ? François Bégaudeau invite à laisser là le bruit du monde, et parler d’autre chose, se donner la possibilité de penser à autre chose, de penser autre chose, de penser, tout simplement. Le silence. Voilà sa manière de traiter les sujets d’actualité brûlante.

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