The Last King of Kakfontein

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Dans le havre de paix qu’est la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, une étrange forme s’égare entre théâtre, musique, vidéo et danse. La scénographie semble montée là par erreur : un écran de projection, une table, des micros ça et là, un amplificateur, des pneus et des petites sculptures en papier journal qui semblent figurer des animaux miniatures.

Ce soir-là, nous reconnectant à l’éphémérité du théâtre, la nouvelle tombe : le guitariste Madala Kunene a eu un accident grave et est hospitalisé. C’est donc une version privée d’un membre de l’équipe à laquelle nous assistons, un peu assommés par la chaleur (mais faut-il encore le dire ?). Le chant de Mandisa Nzama s’élève, puissant. On est frappé par la qualité vocale unique de la performance, ancrée dans la tradition de la musique marabi, qui est pourtant en voie de disparition dans son pays d’origine, l’Afrique du Sud.

On retrouve difficilement les propos annoncés par le programme dans cette performance d’ « indiscipline », peu audacieuse du reste. La clarté des idées énoncés théoriquement ne  parvient pour ainsi dire pas. Tout semble posé là par hasard ou par décision purement arbitraire – peut-être est-ce une volonté d’illustrer l’absurdité du pouvoir décisionnel ? La structure narrative est imperceptible et il n’y a aucune tension dramatique. Nous ne savons pas où veut nous emmener Boyzie Cekwana. Le flou du propos et de la forme s’insinue jusque dans les corps : la présence, flegmatique et nonchalante, et les déplacements, qui tiennent plus de l’errance, posent une vraie question d’adresse, comme si le spectacle pouvait se dérouler sans public…

Une personnalité règne sur le spectacle, c’est ce roi ubuesque assis sur son trône de pneus, tour à tour décrit puis incarné par le maître de la soirée. Son royaume est fait de corruptions, d’abus de pouvoir, d’inégalités, de relents de racisme, de pauvreté et de misère. Le rêve démocratique est achevé par le rire machiavélique du président Jacob Zuma, sorte de leitmotiv qui revient durant le spectacle. Certes, le texte dit par Boyzie Cekwana et dont la traduction défile sur un écran à surtitres, nous plonge dans la réalité du Soweto des années 70 dans lequel il a grandi, où les Blancs détenaient le pouvoir, et fait le lien avec la situation actuelle désespérante. Mais l’urgence de la révolution ne nous effleure pas. Un vent de morne perpétuation historique souffle dans la Chartreuse séculaire.

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