Deux mille dix sept

Professeur Marin

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Deux mille dix sept – DR

Maguy Marin a décidé de ne plus y aller par quatre chemins. Elle qui nous avait habitués à une danse-théâtre à forte dimension poétique semble dans ce « Deux mille dix sept » être animée d’une rage qui lui a donné envie de faire passer un message clair, direct, frontal, laissant peu de place à l’interprétation : ici, c’est le politique qui est au centre de la création. Le besoin de s’emparer de sujets politiques et économiques semble, ici, viscéral.

La réappropriation du champ politique par les artistes est évidemment une question essentielle, surtout à l’époque du coup d’État du sens permanent, orchestré par des gouvernements qui galvaudent et déforment les mots et de tutelles dont l’ingérence dans les propositions artistiques et les programmations se fait de plus en plus inquiétante. Cependant, face à ce spectacle coup de poing de Maguy Marin, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la forme de la protestation, et sur son impact. Car paradoxalement, en nous assenant ainsi son message anticapitaliste, l’immense chorégraphe peine à nous y faire adhérer. Non par opposition idéologique, mais par excès de frontalité.

Car comme il est insinué plus haut, « Deux mille dix sept » ne fait pas dans la dentelle… Après une ronde d’ouverture ressemblant de façon troublante à « BiT » (la précédente création de Maguy Marin) arrive le message : les danseurs entrent et sortent de scène portant des sacs au nom de grandes marques ; plus tard, ils élèveront des stèles au nom de nombreux pays du monde, puis d’autres affichant des prénoms de tous horizons, puis viendront des discours sur la mort de l’Europe, avant la (très longue…) construction d’un haut mur fait de cubes au nom de grands groupes financiers. La liste d’évidences n’est pas exhaustive, il y en a d’autres. Trop d’autres, on voudrait dire. Et pendant ce temps, la danse, pour sa part, a presque disparu. Le mouvement se fait presque exclusivement action au service du message, omniprésent, immanquable.

Et c’est bien là que réside toute la faiblesse de cette nouvelle création. Car en appuyant autant les signaux, « Deux mille dix sept » vire presque immédiatement à la leçon de morale. On déplore alors l’absence de l’indispensable oblique poétique, ce petit pas de côté qui nous fait pénétrer dans un espace où la pensée peut encore se déployer. Malheureusement, ici, elle est étouffée par le poing levé de Maguy Marin, et le spectateur ressort épuisé, déçu par le peu de confiance faite à son intelligence.

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