Si tout doit sauter, soyons les premiers

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©Tom de Peyret

Au centre du plateau, onze gamins en survêts, pompes fluo et sweats aux couleurs des années 1990. Les poings et la mâchoire serrés, le regard dur et le corps planté bien droit dans le sol, ils sont prêts à en découdre. Un cri de guerre retentit et la horde de jeunes loups s’élance dans une course martiale parfaitement rythmée et synchronisée.

L’exercice est impressionnant de maîtrise et d’endurance ; de nouveaux cris s’élèvent, comme pour encourager la troupe dans ce sur-place aux allures de défilé militaire. Une violente musique électronique déchire les oreilles de l’assistance qui se crispe sur son siège, les yeux rivés sur ces onze danseurs semblant débarquer d’un univers parallèle, à mi-chemin entre la galaxie de « Star Trek » et les ruelles de « West Side Story ». Ces performers sont peut-être tout juste sortis de l’adolescence mais dégagent une puissance scénique bourrée d’assurance et indiscutablement magnétique. Venus de huit pays différents, ils ont été dénichés sur YouTube par le trio fondateur du collectif (LA)HORDE et réunis sur scène pour défendre le « jumpstyle », danse hybride ultrasportive, sorte d’héritière du break dance, de la capoeira et du tap dance. Un sacré mix donc, absolument urbain et d’une technicité incroyable, incluant pirouettes, arabesques et sauts de biche.

Mais aussi soufflés que nous soyons par la performance, l’absence de dramaturgie de la proposition ne tarde pas à se faire sentir. Et ce sentiment de défaut d’écriture s’installe pour de bon lorsque le rythme retombe brutalement, laissant place à un long interlude vidéo où les jumpstylers vont se filmer à tour de rôle à l’aide d’un caméscope, débattant de la qualité de leurs pas et se chamaillant comme des ados. S’il ont pensé ce moment comme un fier rappel de leurs origines (tous sont autodidactes et se sont fait connaître sur internet), cette revendication déconstruite et maladroite (aucun sous-titre prévu pour nous faire profiter des longues tirades en russe ou en polonais) fait naître un sentiment de gêne et d’ennui. Ces jeunes artistes revendiquent le droit à la scène malgré des codes populaires qui auraient pu les en priver, mais, dans le même temps, traînent sur scène cette satanée obsession pour l’autopromotion creuse et dénuée de propos. C’est vraiment dommage, car avec une puissance de feu pareille, on l’aurait bien vu bouffer le monde, cette drôle de horde bondissante.

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