Higher

La Solitude du danseur de boîte de nuit

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Si « Higher » de Michele Rizzo est une forme relativement courte (à peine plus de 45 minutes), elle n’en reste pas moins, ne serait-ce qu’au début, déconcertante. La salle et la scène plongées dans le noir, on ne perçoit d’abord que des points lumineux esseulés, lucioles ou phares dans la nuit. C’est la patience, couplée à une musique électronique obsessionnelle car constituée d’une boucle, donc propice à l’hypnose, qui va permettre au spectateur de lâcher prise et de commencer à discerner, dans la pénombre, un mouvement. Un geste. Une silhouette. Puis deux. Bientôt trois.

Entre les deux danseurs, pas de regards ni d’interaction. Chacun évolue dans sa bulle, à petits gestes mesurés, timides, qu’on devine plus qu’on ne voit, d’autant que les artistes sont vêtus de noir, comme pour mieux se fondre dans le décor. « Higher » avance à coups de variations presque subliminales ; c’est un spectacle infinitésimal, où l’on ne voit ce qui change qu’une fois que ça a changé.

Le chorégraphe italien explore ici des souvenirs de clubbing. Les danseurs, qui ont la dégaine de ceux qui, poussés dans les années 1990, reproduisaient en cachette dans leur chambre les chorégraphies vues plus tôt sur MTV, répètent inlassablement les mêmes mouvements jusqu’à la perfection. La danse, elle, sépare autant qu’elle rassemble. L’individualisme forcené de la fin du xxe siècle, et qui trouvait son apogée dans les discothèques où l’on dansait seuls bien que côte à côte, se retrouve à céder face au collectif. Car c’est lorsque les trois interprètes s’alignent et synchronisent leurs mouvements que la lumière se fait vraiment et que les gestes s’amplifient. C’est au contact de l’autre que chacun trouve la force de s’affirmer en tant qu’individu. C’est le passage par le groupe qui renforce et désinhibe. C’est ce groupe qui permet l’émancipation. Sans jamais surligner sa pensée d’effets lourds, Michele Rizzo va contre le nihilisme ambiant en réaffirmant qu’on ne peut être soi que parce qu’il y a aussi les autres, et qu’il ne faut pas confondre indépendance et solitude.

Nous voilà débarrassés, au bout de ces 45 minutes, des préjugés que nous aurions pu avoir en pensant « clubbing ». Loin de l’image que l’on s’en fait aujourd’hui, « Higher » véhicule une image poétique et éthérée de la danse en club.

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