Je t'écris mon amour

Spéléologie du sexto

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Rares sont les Tirésias qui se fraient un chemin éclairé (par le théâtre) dans la foule des questions dites « d’actualité »… Parmi elles, l’amour à l’heure de la révolution numérique affole sûrement le Top 5 au box-office – noir présage pour Emmanuel Darley dans « Je t’écris mon amour », qui prend le risque de morver le réel dans une bouillie à la mode. Mais c’est sans compter sa verve incroyablement contemporaine – au sens d’Agamben –, associée à la mise en scène aussi humble que généreuse de Jean de Pange (Cie Astrov), qui illumine le théâtre.

Deux personnages sur la scène, LUI (Jean de Pange) et ELLE (Céline Bodis), vont s’aimer à distance, du « Ça va ? » pseudo-innocent à la passion la plus déchaînée. Un troisième les réunit au lointain : c’est l’écran noir de la messagerie – on l’observe et il nous observe, affichant les conversations au rythme de leurs pulsations cardiaques. Peu importe le médium : jamais le nom d’un certain réseau social (Facebook), d’une certaine messagerie, d’un certain téléphone n’est évoqué. Oral et écrit s’entremêlent anonymement dans ce canal témoin de l’amour, qui cristallise en temps réel les mémoires d’une relation à venir. Transis de mots, les amants revivent alors leur histoire par la narration et la (re)découverte des messages échangés sur l’écran charbonneux aux lettres blanches.

Les corps aussi parlent : les regards fusent, les sourires couinent, les mains se frottent et les peaux s’échauffent. Dans un duo à la Podalydès/Jaoui, les deux acteurs éclatent avec brio la suture du désir et invitent le charnel au détour de la parole. Progressivement, le langage devient un prétexte à l’amour, celui des corps qui s’enlacent lors des retrouvailles ; avant que les amants ne se taisent finalement dans l’union de leurs souffles, au sein d’un happy end qui évite l’écueil rebattu du « C’est mieux sans te voir ».

Le drame n’allait-il pas commencer à cet instant précis ? IRL : « In Real Life »… Mais le théâtre s’éteint, il n’y a plus rien à parler. Il ne reste que cet immense préliminaire à se remémorer – étendu dans la préparation interminable d’une première fois… Comme une répétition ? En écho à la déviation de l’espace de « Pas bouger » (2000), « Je t’écris mon amour » (dernier texte de Darley publié en janvier chez Actes Sud-Papiers avec « Xitation ») aura dévié le temps au creux d’une mise en scène à la finesse dramaturgique remarquable.

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