to come (extended)

© Jens Sethzman

Après « 7 Pleasures », qui avait débarqué en 2015 au festival d’Automne comme une météore de chair nue sensuelle et explosive, Mette Ingvartsen poursuit son exploration de la représentation de la sexualité avec la reprise étendue d’une création de 2005, « to come ».

La chorégraphe danoise maîtrise ses entrées en matière. Là où « 7 Pleasures » partait d’une étonnante séquence de dénudement des corps au sein du public lui-même, « to come » a choisi l’habillage. Mais pas n’importe lequel. Les 15 interprètes entrent sur scène en combi bleue clair moulante et androgyne, tranchant vivement avec le blanc du plateau : claque visuelle. Ils entament une simulation d’orgie caricaturale, multipliant les positions aussi convenues que répétitives, aussitôt figées dans des tableaux vivants. C’est à ces instants d’immobilité photographique que le spectateur prend le mieux conscience de l’absurdité anti-érotique de ces poses, qui le placent en voyeur aussi dégrisé qu’ironique. Les danseurs sont des entités fantasmées et interchangeables, réduites à leur apparente fonction de mannequins sexuels qui semblent réagir à la codification formelle de l’expression d’un désir mal défini. Rien d’autre n’est montré que la légèreté d’un acte purement performatif sans implication émotionnelle ; le sexe n’est ici que synonyme d’un plaisir pornographique aussi éphémère que robotique, et littéralement désincarné. Triste, la chair ? La seconde partie vient s’articuler autour de la dialectique inverse : tous à poil pour danser le swing, là où le corps n’a à priori aucun sens à se retrouver nu. Sur fond de l’archétypal « Sing Sing Sing » de Louis Prima/Benny Goodman, étiré et déformé jusqu’à l’excès pour articuler une vraie-fausse tension dramatique, la troupe d’Ingvartsen parade en joyeux bal jazzy et rétro. Elle alterne duos et mouvements d’ensemble, jusqu’à l’épuisement, après une déclinaison volontairement grotesque de cris de jouissance. Si la construction de « to come » est moins recherchée et aboutie que « 7 Pleasures », il faut reconnaître à la chorégraphe le talent de créer des images irrésistibles, d’une simplicité et d’une force rares. C’est suffisant, et l’on pourra oublier le soi-disantpropos socio-métaphysique de la représentation du désir à l’ère techno-capitaliste.

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