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Emanuel Gat a ouvert la série de représentations que lui consacre le Théâtre de la Ville de Paris au 104 par Gold une version pour cinq danseurs de  The Goldlandbergs créé à Montpellier Danse en 2013. Il finira de remettre sur le métier ses œuvres par une reprise de Sacre qui le fit connaître en France. Gold, la nouvelle version de  The Goldlandbergs ne paraît pas apporter autant que cette pièce qui avait alors confirmée la place du chorégraphe dans le monde de la danse contemporaine.

L’exercice qui consiste à présenter une œuvre déjà créée en la réécrivant pour moins de danseurs est déjà en soi périlleuse. Il manque le nombre juste d’interprètes qui permettait au chorégraphe de jouer sur les ensembles et les diverses possibilités de composition. C’est un peu comme si un peintre se privait d’une couleur primaire pour réaliser sa toile, cela donne quelque chose, mais ce n’est pas aussi beau… Ce qui contraint aussi la chose c’est sa présentation en bi-frontal. L’absence de cadre prive le chorégraphe de profondeurs d’un grand espace. Du coup, d’une œuvre à la fois ludique, joyeuse, respectueuse de la musique de Bach et facétieuse avec ces intermèdes en voix off tirés de The quiet in the land du grand Glenn Gould, les gestes hier puissants, deviennent de simples mouvements désacralisés par ce vis-à-vis avec le public. Il manque aussi de prétextes à cette reprise amputée de trois danseurs et c’est un peu étrange que, justement maintenant où il est arrivé à ce niveau de maîtrise et de reconnaissance, Emanuel Gat se prive de cette option… Du coup, nous restons un peu sur notre faim…

En revanche, plus jouissive cette reprise de son Sacre qui rappelle le choc reçu lorsque, habitués aux rituels entourant la musique de Stravinsky, Emanuel Gat, tout juste débarqué d’Israël, osait une danse populaire, une jaillissante salsa, pour marquer – à tout jamais – de son empreinte un classique de la danse. Sur un tapis d’un rouge éclatant qui délimite parfaitement l’ère de jeu – un peu ce qui manque dans la reprise de Gold et c’est assez drôle de voir que, de lui-même Emanuel Gat, sait comment résoudre le problème de sa nouvelle version de The Goldlandbergs –  les danseurs vont se livrer à une bataille qui durera tout le printemps. Plaisir immense de revoir Gat, plein de vitalité, reprendre ce quintette qui n’a pas pris une ride. Exercice de style, donc, que ces plongeons dans le passé lointain ou immédiat du chorégraphe du coup très attendu lors du festival de Montpellier Danse 2017.

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