En attendant Godot

Tourner autour du pot et de Godot

Par

DR

Au départ une situation simple, mais qui touche à l’essentiel : deux personnages, Estragon et Vladimir, en attendent un troisième qui ne vient pas. Il s’agit alors de se divertir avec ce que l’on a, c’est-à-dire pas grand-chose : retirer et remettre ses chaussures, manger une carotte, se raconter des histoires ou penser au suicide. Si Bernard Dort considérait « En attendant Godot » comme « l’envers d’une pièce classique » dans sa facture, elle est désormais une œuvre classique de par sa renommée. Classique aussi, la mise en scène de Yann-Joël Collin. Sa version s’attache tant à la radicalité de Beckett que l’on hésite même à parler d’une véritable « mise en scène », et là réside peut-être son intention : mettre en lumière la parole et les silences, le temps dilaté et surtout une œuvre qui serait presque en train de se faire, où il s’agirait juste d’être là, comme le soutient Alain Robbe-Grillet.

Le langage est mis à nu sur scène, et la pièce traite de questions existentielles dans des situations absurdes et cocasses, donnant à la tragédie les habits de la farce. Le metteur en scène se refuse à fournir des clés à la pièce, et reste ainsi fidèle à l’esprit de l’auteur : au spectateur de projeter, d’imaginer ce qu’il veut. Godot serait-il donc ce Dieu (God) Charlot ? Collin garde l’esprit clownesque et les melons chaplinesques et se concentre sur le lien avec le public : les personnages s’approprient le théâtre et commentent, installés au premier rang, le vide de leurs vies et du plateau, dépouillé comme l’arbre réduit à un tronc dans un bac. L’expression « tourner autour du pot » devient alors syllepse. Mais si certains seront ravis d’entendre cet inépuisable texte, d’autres regretteront l’absence d’une vision plus personnelle.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

D'autres articles par